les yeux doc

Mois du doc 2026 : Souviens-toi

MDD26 - Image sélection LYD
À l’occasion du Mois du doc 2026, six films remontent le temps pour retrouver la mémoire d'une époque révolue. Une constellation de témoignages intimes et de traces fragmentaires reconstituent des événements et brossent le portrait d'un lieu, d'une action, d'une personne. Six regards sur le passé du Brésil et de l'Estonie, des Outre-mer et de la France périphérique, sur la Seconde Guerre mondiale et les guerres d'indépendance, permettent de mieux déchiffrer nos sociétés au présent.
Lev la têt dann fènwar : impensés coloniaux

Jean-René, père de la réalisatrice Érika Étangsalé, ne lui a jamais parlé de son passé de jeune réunionnais, venu en métropole dans les années 1970 avec le Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d'outre-mer (BUMIDOM). Désormais retraité, il accepte de livrer ses souvenirs du bout des lèvres, non par réticence, mais parce qu’il peine à raviver une mémoire évacuée des livres d’histoire. Accompagné par sa fille, elle-même avide de comprendre l’identité familiale, Jean-René met son histoire intime en regard du passé colonialiste et esclavagiste de la France. Ensemble, iels pansent les plaies provoquées par des années de silenciation en donnant forme à la mémoire des dominé·es.

Histoire d’un regard : photographies d’une époque

Dans Histoire d’un regard, l’image ne manque pas. L’absent, c’est Gilles Caron, photographe disparu au Cambodge à trente ans, en 1970. Partant de ses cent mille clichés, Mariana Otero tente de reconstituer sa vie. Elle met en scène son enquête dans les archives et le tutoie en voix-off pour brosser son portrait intime et professionnel. En même temps qu’est méticuleusement analysée sa démarche, sont relues par fragments les années 1960 en France et les guerres qu’il documente. Mariana Otero montre ainsi la force et la fragilité des images pour construire un récit historique, le recul salvateur et l’inévitable subjectivité du regard que l’on pose, des années plus tard, sur des instantanés.

Paysages résistants : défaire tous les fascismes

Sonja Vujanović fut communiste, résistante et déportée. La vieille dame raconte son engagement clandestin en Yougoslavie, puis la puissance du collectif jusque dans les camps de la mort, tandis qu’à l’image, apparaissent et se confondent des ruines envahies d’herbes, des grottes et des forêts. Décor pour le récit de Sonja, ces paysages invitent aussi à déceler ce qui craque, résiste et reprend vie lorsqu’on essaie de le dompter. Dans un parallèle assumé avec le présent, Marta Popivoda nous engage ainsi à rester vigilant·es et résistant·es face aux résurgences du fascisme.

Portraits fantômes : cartographie sentimentale

Porté par la voix du réalisateur Kleber Mendonça Filho et la musique brésilienne, Portraits fantômes évoque les métamorphoses de quelques quartiers de Recife, au Brésil, en entrelaçant extraits de films et archives documentaires, autobiographie et histoire locale. De son appartement familial aux salles de cinéma du centre-ville, le cinéaste arpente les lieux et le temps pour dessiner une cartographie sentimentale. Avec douceur, nostalgie et humour, Kleber Mendonça Filho réalise aussi une déclaration d’amour au cinéma, qui fait dialoguer passé et présent et célèbre la fiction comme archive documentaire.

Rock Against Police : rendre voix aux cités

En 1980, le jeune Abdelkader Lairèche est assassiné par un gardien d’immeuble, à Vitry. 35 ans plus tard, Philomène Dubien, la narratrice du film, part de cet événement pour recueillir la parole de quelques participant·es, qui se remémorent la vitalité artistique et militante de l’époque, mais aussi les discriminations et la violence qu’iels dénonçaient déjà. Dans un tourbillon de témoignages et d’archives, rageur et rythmé comme un morceau de rock, le réalisateur Nabil Djedouani permet aux personnes interrogées de se réapproprier leur histoire, rappelle l’existence dès la fin des années 1970 d’une scène artistique issue des cités, et ravive la mémoire trop souvent vacillante des crimes racistes commis en France.

Smoke Sauna Sisterhood : mémoires de filles

Au cœur d’une forêt enneigée, un sauna recueille les paroles intimes d’une groupe de femmes. Dans la promiscuité et la chaleur, chacune livre un témoignage sur son passé. Il en ressort une mosaïque d’injonctions, de maladies, de violences et de joies proprement féminines qui ont jalonné leur existence, marqué leur corps et modelé leur esprit. En creux de ces récits s’esquisse l’histoire récente de l’Estonie, le désir de préserver la puissance communautaire de rituels anciens, et la détermination à se délester du poids délétère de certains héritages. La réalisatrice Anna Hints collecte ces histoires dans des cadres soigneusement composés et éclairés, jouant avec les codes de représentation picturale des corps féminins pour mieux les renverser.

À découvrir également sur Les yeux doc

Vas-y voir, Retour, Chronique de la terre volée, Les Oubliés de la Belle étoile, Maman déchire, Eredità, Une famille, Sauve qui peut (prochainement publié)

Vous êtes bibliothécaire et souhaitez en savoir plus sur les films de la sélection ?

Consulter notre dossier sur Bpi pro.