les yeux doc

Maman déchire © bathysphere

Maman déchire

Émilie Brisavoine tente de percer le plus grand mystère de l’univers : sa mère Meaud. Enfant brisée, mère punk, grand-mère géniale et féministe spontanée, Meaud fascine autant qu’elle rend dingue. Maman déchire est une odyssée intime, un voyage dans le labyrinthe de la psyché.

Peut-on réparer son enfance ? C'est la question dont s’empare Émilie Brisavoine avec ce film faisant le portrait de sa relation heurtée avec sa mère. La cinéaste bricoleuse décide de voyager dans le passé et, accompagnée de son petit frère, qu'elle a toujours essayé de protéger, et de son enfant intérieur, pour le moins revanchard, elle tente d’apaiser le trouble ressenti face à leur mère, Meaud.

Meaud est un véritable trou noir. Une personne fantasque, colérique, séduisante, névrosée, drôle, directe et attachante ; à la fois femme-enfant et femme fatale. Dans les années 90, c'était les montagnes russes émotionnelles dans cette famille qui fut séparée puis recomposée entre le sud de la France et la région parisienne. Un quotidien électrique probablement trop sucré-salé et rock and roll pour de jeunes enfants en quête de protection. « La mère idéale » n’existe pas, pour autant Meaud n’a pas su assumer pleinement son rôle maternel. En tout cas, c’est ce qu’Émilie et son frère lui reprochent, alors qu’ils sont tous deux devenus de jeunes parents. Leur relation avec Meaud est aujourd'hui apaisée, mais les tourments de l'enfance ne le sont pas. Face à leurs propres démons, l’angoisse refait surface.

Émilie Brisavoine propose, comme voie de guérison, un voyage psychédélique, psychique et ésotérique à travers le temps, prenant la forme d’un collage pop à mi-chemin entre film de famille, found footage et performance caméra au poing. La cinéaste avait déjà filmé dix ans plus tôt la relation de sa demi-sœur adolescente avec Meaud dans Pauline s’arrache (2015). Elle s’implique cette fois dans la fresque familiale et prend parti, évoquant au passage la démarche de Jonathan Caouette dans l’incandescent Tarnation (2003). Parviendra-t-elle à confronter sa mère et à apaiser leur relation ? Un film à voir en famille, comme une tentative de réconciliation.

L'avis du bibliothécaire

Julien Farenc, Bibliothèque publique d'information, Paris
Membre de la commission nationale coordonnée par Images en bibliothèques

Après le très remarqué Pauline s’arrache consacré à son énergique demi-sœur, l'autodidacte Émilie Brisavoine braque sa caméra sur sa mère. Au moment de devenir mère à son tour, Émilie met en scène avec brio et un humour dévastateur, l’absence intermittente de sa propre mère. Emilie et son frère Florian se sont abîmés dans cet immense trou noir d’égocentrisme et d’anti-matière maternelle. Meaud est une maman qui déchire et mais qui a déchiré ses enfants en mille morceaux, parfois brutale et fuyante, et à l’évidence maltraitante. Alors comment la faire parler après toutes ces années? Comment lui adresser sa souffrance et s’en soigner? Que peut en raconter son frère ? Émilie Brisavoine embrasse sa constellation familiale dysfonctionnelle, avec une légèreté aussi brillante qu’universelle.

+ d'infos

Pour aller plus loin, lire le dossier de presse de JHR et Bathysphere.

Consulter le document

À découvrir également