les yeux d'oc

7 jours, un film

Les Enfants sans ombre

Bernard Balteau, 2009, 66 min

Shaul Harel, pédiatre israélien, né en Belgique en 1937, a été sauvé de la mort grâce aux réseaux du Comité pour la défense des Juifs auquel ses parents l’avait confié à l’âge de cinq ans. De famille d’accueil en institution religieuse, changeant souvent d’identité, il a échappé aux rafles et survécu jusqu’à la fin de la guerre. En 1949, il décide de s’embarquer pour Haïfa et devient Israélien. Père et grand-père, Harel a dissimulé pendant 60 ans à sa famille son passé d’enfant caché. Par le biais du cinéma, il revient avec sa femme et ses filles sur les lieux de son enfance belge et, enfin, parle. Grâce à de nombreux allers et retours entre Tel-Aviv et Bruxelles, il retrouve ses amis, ex-enfants cachés comme lui, il visite les maisons bruxelloises où il a vécu, se recueille dans le Musée du peuple juif. Sobrement, le film fait alterner les images fixes, photographies anciennes et images d’archives avec les séquences au présent, les témoignages divers, tels celui du psychiatre Boris Cyrulnik, théoricien de la résilience, ou celui d’Andrée Geulen expliquant le fonctionnement de son association, le CDJ, qui a permis de soustraire 3000 enfants juifs au système d’extermination des Nazis. Des moments d'émotion pudique traversent le film qui se termine dans la sérénité. Cette histoire d’un destin personnel appartient d'ors et déjà à l’histoire universelle.

Thématique

L'Écriture littéraire

Pendant le repli sur notre intérieur domestique, toujours à notre portée, les livres restent nos amis les plus proches. Pour trouver de nouvelles pistes de lecture, deux collections, Histoires d’écrivains et L’Atelier d’écriture laissent la parole aux auteurs : d’où leur vient le désir d’écriture, quels rituels, quelles influences ?

 

Jattends dentendre la voix du livre / Je fuis la fiction / J’aimerais être un mot : voici trois citations d'écrivaines qui révèlent leurs pratiques d’écriture.

 

La caméra de la collection Histoires d’écrivains s’invite à domicile. Marie Darrieussecq et Annie Ernaux se sont prêtées à l’exercice, deux courts portraits filmés par Timothy Miller.

 

L’appartement parisien de Marie Darrieussecq, la maison de Annie Ernaux reflètent à leur manière des parcelles de personnalité. Murs clairs, rideaux rouges, fauteuil noir, les couleurs sont tranchées chez Marie Darrieussecq ; bureau et bibliothèque en bois aux teintes sombres, pénombre éclairée d’une lampe à abat-jour, teinte pastel d’un mur chez Annie Ernaux. La voix de Marie Darrieussecq résonne enjouée, vive, déterminée. Les mains appuient sans cesse les phrases, les scandent. Les phrases sont imagées : pour expliquer son écriture non pas à l’ordinateur mais au stylo, elle dit : «la phrase descend le long du bras jusqu’à la feuille à la vitesse où elle se crée» ou encore lorsqu’elle juge l’écriture du livre terminée: «le livre se ferme», «le livre suivant est là, qui pousse».

 

Annie Ernaux, elle, a la voix claire, posée. L’énonciation a un rythme différent: souvent la phrase reste en suspens quelques secondes, puis reprend. Elle aussi préfère le stylo à l’ordinateur. «J’écris depuis l’âge de vingt ans, je publie depuis vingt-six ans, je suis aussi professeur. C’est mon métier professeur, l’écriture c’est autre chose». Sa vie, ses expériences personnelles forment le matériau de son écriture, une écriture du vécu. Elle «fuit tout ce qui ressemble à de la fiction». «J’ai le sentiment d’avoir à écrire certaines choses parce que moi seule en suis dépositaire. Je suis redevable de faire entrer le monde des humiliés, des offensés, dans la littérature».

 

La seconde collection L’Atelier d’écriture est issue de rencontres régulières, intitulées Les revues parlées, au Centre Georges Pompidou. Créées et dirigées par Blaise Gautier dès l'ouverture du Centre en 1977, elles avaient pour vocation d'offrir aux écrivains un espace dédié à la dimension orale de la littérature : simple transmission de la parole par son auteur ou mise en forme, interprétation, création sonore.

 

L’auteur Michelle Grangaud est filmée par Pascale Bouhénic, réalisatrice de documentaires sur l’art et la littérature, elle-même écrivaine. Michelle Grangaud est membre de l’Oulipo depuis 1995. Elle est une spécialiste de l’anagramme.

Le nom de Proust composé avec des lettres de scrabble ouvre le film, Proust l’écrivain devenu comme un maître pour la jeune fille pied-noir d’Alger. Si Michelle Grangaud aime les phrases ciselées de l’auteur, elle avoue détester le jeu du scrabble. Simplement, les lettres du jeu permettent de construire des anagrammes beaucoup plus vite. «L’anagramme a très profondément modifié mon rapport au langage». précise t-elle en jouant avec les lettres sous nos yeux, transformant l’atelier d’écriture en un nouvel agencement qui devient «elle traduit écrire». On découvrira aussi que «Porte Dauphine» peut devenir un anagramme beaucoup plus évocateur.

Nous apprendrons d’autres pratiques de contraintes littéraires créées par l’auteure tel le jeu de l’avion consistant à trouver un mot contenu dans un autre.

Dans le parc André Citroën, Michelle Grangaud nous offre plusieurs séquences de lecture de ses textes d’anagrammes : les phrases courtes claquent, les mots s’entrechoquent dans sa bouche, puis le texte apparaît sur une page en plein écran montrant la permutation des lettres et la formation, à chaque ligne, d’autres mots.

 

Marie Darrieussecq, Michelle Grangaud, Annie Ernaux nous donnent des envies de lecture. La collection Histoires d’écrivains propose également plusieurs portraits d’écrivains contemporains comme Emmanuelle Bernheim, Hélène Lenoir, Jacques Roubaud ou Pierre Michon. L’Atelier d’écriture invite à découvrir l’art d’Olivier Cadiot, Valère Novarina, Jean Echenoz (à venir).

 

 

Prochainement