les yeux d'oc

7 jours, un film

Aragon, le roman de Matisse

Richard Dindo, 2003, 52 min

En 1941, au milieu de la guerre, Louis Aragon et Elsa Triolet sont allés voir Henri Matisse à son domicile à Cimiez, au-dessus de Nice, en zone libre. Aragon a 44 ans, Matisse 72. Cela faisait trente ans qu'Aragon rêvait de faire la connaissance de Matisse. À partir de cette visite, il commence à écrire des textes sur le peintre pour un livre qu'il appellera "roman". Pour Aragon qui vit dans une semi-clandestinité, Matisse devient le symbole de la France résistante, de la France éternelle, le symbole de la beauté, de la lumière, de l'optimisme français. Ce "roman", Aragon a travaillé dessus pendant 27 ans. Il a été publié en 1971 par les éditions Gallimard. Le film raconte Matisse à travers Aragon, montre des tableaux et des dessins du peintre faits pendant la guerre, les dessins que Matisse a faits d'Aragon et d'Elsa Triolet, des photos de Matisse et de ses modèles. Richard Dindo a filmé à Nice en hiver 2001 les lieux où les deux hommes se sont rencontrés, les ateliers du peintre, ses fenêtres, ses balcons, ses vues sur les jardins, les fleurs, les arbres, le ciel, la mer. Le travail du montage établit un rapport subtil, fluide, dialectique entre les textes, lus par Jacques Weber, et tous ces matériaux. Le rythme mélancolique et poignant en est donné par la musique, et notamment la répétition du thème principal de la Sonate pour violon et piano en la majeur de César Franck. Richard Dindo réussit ici un film à la hauteur de la splendeur des tableaux de Matisse et du texte d'Aragon.

Nouvelles du monde

Afghanistan

L’Afghanistan est une contrée mythique. Pour Joseph Kessel, c’était le plus beau pays du monde. Il y situa Les Cavaliers son dernier roman publié en 1967.

 

Voici quatre films évoquant ce pays pris dans la tourmente des guerres depuis 1978. On y voit une population à l’éducation traditionnelle et religieuse confrontée à la violence depuis deux générations.

 

Les deux premières œuvres : J'ai pas tué Saddam ! (2005) et L'Empreinte (2007) sont de Guillaume Bordier, cinéaste indépendant qui s’autoproduit. Son modèle économique léger lui assure une grande indépendance. Filmant souvent en intérieur, il obtient un bon rendu avec une petite caméra. Guillaume Bordier a réalisé ces deux films suite à un voyage de huit mois en Afghanistan avec un ami. Il attache beaucoup d’importance à la rencontre et à l’empathie.

J'ai pas tué Saddam! décrit une étape dans une auberge de montagne, dans la région du Hazaradjat, ayant pour capitale traditionnelle Bamiyan, au centre du pays, avec ses sommets à 2800 mètres. C’est l’occasion pour le réalisateur de croiser voyageurs, commerçants, soldats, paysans ou trafiquants d’héroïne qui semblent attendre que l’hiver passe.

L'Empreinte montre une dizaine de travailleurs et leurs gestes répétitifs dans une boulangerie d’Hérat, à l’ouest du pays, vers la frontière iranienne. Dans ce grand ballet mécanique, la présence de la caméra va susciter leur curiosité et leurs réflexions sur le monde extérieur. Le film avait reçu le prix des jeunes au festival international Cinéma du réel en 2008.

 

Mon cœur voit la vie en noir - un amour à Kaboul (2009), d'Helga Reidemeister.

Helga Reidemeister est une documentariste allemande née en 1940 à Halle, dans le Land de Saxe-Anhalt. Elle a réalisé de nombreux films depuis 1971 sur les femmes, le social, la politique. Souvent récompensée dans les festivals, elle a, par exemple, reçu le Prix de Cinéma du réel en 2001 pour Gotteszell - Quartier des femmes, un film sur une prison de femmes dans la région de Stuttgart. Dans Mon cœur voit la vie en noir, la cinéaste fait le portrait de Hossein et Shaima qui s'aiment depuis l'enfance. La guerre les a séparés alors qu'ils étaient adolescents. Ils se retrouvent dans le Kaboul des années 1990, et se battent contre tout et tous pour leur amour. Ce film nous permet de voir enfin un personnage féminin.

 

Jaurès (2012), de Vincent Dieutre.

Vincent Dieutre, cinéaste français né en 1960 à Rouen, enseigne le cinéma à l'université de Paris VIII et à la Fémis. Son film est intitulé Jaurès, car il se passe vers la station de métro du même nom dans le dix-neuvième arrondissement de Paris. Il filme un campement de réfugiés afghans le long du canal Saint-Martin, vers la salle de concert Le Point-Ephémère, depuis une fenêtre de l’appartement de son ami Simon. Dieutre, en conversation avec Eva Truffaut, fille du cinéaste, entremêle journal intime et regard documentaire.

 

Ces quatre films nous font rencontrer les habitants d’un pays chaleureux, d’après ce que rapportent la plupart des voyageurs l’ayant traversé.

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