7 jours, un film
Eïdi
Emmanuel Piton, 2017, 12 min
Eïdi est une adolescente pleine de vie, indépendante et autonome. Parfois, elle se sent différente des autres, hors norme… Alors elle se réfugie ailleurs, dans d’autres espaces qui, peut-être, n’existent que dans ses pensées. Ce portrait de Mellionnec est un petit bijou sensible. Dans ce coming of age, autrement dit film d'apprentissage, Eïdi, 14 ans, s’adresse au monde à la première personne. Dans une voix susurrée, elle raconte son histoire, ses rêves, ses sensations. La jeune fille filme également son environnement avec une caméra Super 8 : les fleurs, les arbres, la vue depuis sa fenêtre. Ainsi, le partage de ses images et de ses mots forme un (auto)portrait réalisé à plusieurs mains avec Emmanuel Piton et l’équipe de Mellionnec. Emmanuel Piton, cinéaste et enseignant en cinéma, s’investit dans le cinéma expérimental et documentaire dans son travail, diffusé par Light Cone ou le Vidéographe. En 2014, il fonde à Rennes le Labo K, un laboratoire d’expérimentation dédié à la pratique du cinéma argentique. Ce n’est donc pas un hasard si nous découvrons Eïdi perchée aux plus hautes branches d’un arbre, dans un magnifique 16mm en noir et blanc. L’image, fluide, un peu floue, semble correspondre à la nature sauvage et rebelle d’Eïdi, éloignée des adolescentes « lisses » de son âge. Depuis toute petite, Eïdi veut parcourir le monde en sac à dos ; à ses onze ans, sa famille part sur la route et vit un an et demi de vagabondage sans horaires. Autant dire qu’il lui est difficile de s'accommoder du collège, de rentrer dans le moule scolaire et social et de se conformer dans le collectif. Eïdi, ne s’intéressant ni aux produits cosmétiques ni aux séries télé, mais aux voyages et à la liberté, se détache petit à petit des autres adolescent·es. Le film donne à voir son parcours physique et mental, cahotant et chaotique, dans la nature bretonne : la forêt, ses cailloux et ses rivières. Au sein de cette expérience fusionnelle avec la nature, comme plongée dans un bain sensoriel de chants d’oiseaux et de bruissements du vent dans les branches, Eïdi, la déesse des mers sort des eaux profondes et part à la conquête de son avenir, sur terre. Espérons qu’elle rencontrera vite des pairs.