les yeux d'oc

7 jours, un film

Mamosta

Olivier Blaecke, 2016, 40 min

Dans l’école improvisée du camp de réfugiés de Grand-Synthe, près de Dunkerque, Chloé et Claire les "Mamosta" (professeur en langue kurde) et Mohamed, Abdulrahim et Abdulla les "élèves" kurdes ou afghans parlent de leur situation avec une grande lucidité. Le camp, construit de chalets en bois destinés à accueillir dans de meilleures conditions les migrants déplacés de la "jungle" de Calais, a été présenté comme un modèle par les autorités ; il a brûlé peu de temps après le tournage. Dans cet abri fragile et éphémère, élèves et professeurs ont au fil des semaines beaucoup appris les uns des autres, tissant des liens pourtant tout aussi fragiles et tout aussi éphémères. Paradoxalement, la situation des jeunes femmes volontaires, très engagées dans leur activité bénévole, semble psychologiquement plus difficile que celle des jeunes migrants, portés par un projet de vie surpuissant: rejoindre l'Angleterre.

Actualité

Douch, tortionnaire sous Pol Pot

À Phnom Penh, le musée de Tuol Sleng se visite de 8h à 17h. Avant d’être un lieu de mémoire, cet ancien lycée plus connu sous le nom S21, fût de 1975 à 1979 à la fois lieu d’emprisonnement, de torture et d’exécution du régime Khmer rouge qui causa la mort de millions de victimes. Jugé et condamné en 2012 à la prison à perpétuité pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, Kaing Guek Eav alias Douch, alors directeur de l’établissement, vient de mourir à l'âge de 77 ans. L'actualité remet en lumière cette zone sombre de l’histoire récente du Cambodge. Plusieurs films du catalogue reviennent sur cette terrible période, plaie encore à vif.

 

Le Khmer rouge et le non-violent, de Bernard Mangiante

Printemps 2008, le tribunal international ouvre le procès du régime totalitaire qui sévit au Cambodge dans les années 1970. L’avocat français Frédéric Roux, commis d’office s’apprête à défendre Douch, ancien responsable de la prison S21 accusé de la mort d’au moins 14000 personnes. De ce face-à-face entre l'avocat et l'ancien tortionnaire émerge en filigrane le portrait d'un homme difficile à cerner. Le film questionne plus largement l'obéissance dans un contexte de guerre et le rôle de la justice dans les crimes orchestrés par des dictatures.

 

Derrière le portail, de Jean Baronnet

François Bizot est anthropologue. Après avoir vécu plusieurs années au Cambodge il est arrêté et fait prisonnier en 1971. C’est alors qu’il rencontre Douch, jeune révolutionnaire qui deviendra par la suite tortionnaire. Libéré deux mois et demi plus tard, il raconte cette expérience dans un livre, Le Portail, qui sert ici de fil conducteur. Dans ce film, François Bizot interroge la question du bourreau et de la monstruosité partant du principe que le bourreau est avant tout un homme comme un autre. Le regard de ce bouddhiste convaincu soulève à la fois les contradictions “des paysans tuant pour le bien des paysans” et le mécanisme à l’oeuvre quand des personnes basculent vers le côté obscur.

 

Un tombeau pour Khun Srun, de Éric Galmard

Une femme part sur les traces de son père, Khun Srun, écrivain assassiné en 1978 par les Khmers rouge alors que lui même les avait rejoints quelques années plus tôt. Son voyage, à travers la mémoire des survivants, dresse un portrait de la société d’aujourd’hui, hantée par ce passé. Les témoignages laissent entrevoir une peur toujours palpable et des stigmates encore bien présents. Khun Khem, semblable à une petite fille orpheline et perdue, semble chercher un sens à sa vie, une boussole, un père pour se (re)construire et avancer enfin. Le portrait de ce fantôme, brillant professeur et poète, émerge à travers des extraits de son oeuvre que la voix-off égrène par moments.

 

L’Image manquante, de Rithy Panh

Comment témoigner d’un passé sans image ? Rithy Panh prend à bras-le-corps la question des archives. En 2006, il fonde à Phnom Penh le Centre Bophana, dédié à la collecte et la restauration de vidéos et photographies sur le Cambodge. En 2013, c’est en filmant des petites figurines en terre qu’il parvient à raconter les atrocités perpétrées par le Kampuchéa démocratique, alias les khmers rouges, dont il n’existe pourtant aucune images. L’Image manquante, récompensé dans plusieurs festivals, amène à repenser la fonction du récit et le rôle de l’image d’archives dans le témoignage du passé et la restitution d’une mémoire collective.

 

La Terre des âmes errantes, de Rithy Panh

Après guerres et dictature, le Cambodge doit renaitre. Les habitants tentent de vivre et de se remettre de dizaines d’années de souffrances. Mais la pauvreté et la dureté de la vie n’épargnent ni les survivants ni les générations d’après. Alors qu’en 1999 Alcatel lance un chantier à travers le pays pour faire passer le premier câble de fibres optiques d'Asie du Sud-Est, les ouvriers creusent pour des salaires de misère. Pendant ce temps  la terre fait resurgir cadavres et bombes. Il est troublant de voir, à travers cette confrontation du passé et du présent, que le pays reste meurtri par une histoire encore enfouie pourtant bien présente à la fois dans le corps et dans le coeur des Cambodgiens. 

 

 

Prochainement