Le 25 juillet dernier, il y avait beaucoup de monde au cimetière du Montparnasse pour rendre un dernier hommage à Catherine Blangonnet-Auer. De nombreuses réalisatrices et réalisateurs étaient présents, venus lui témoigner leur reconnaissance et leur affection.
D’autres ont dit le travail immense qu’elle a accompli dans les bibliothèques et bien au-delà, pour le cinéma documentaire. Je voudrais simplement évoquer l’amitié qui nous a lié, et qui a accompagné et encouragé pendant près de trente ans mon travail de réalisateur.
Catherine était une amie chère, une amie en cinéma.
Nous nous étions rencontrés au début des années 2000, à l’occasion de la sortie de mon film sur la Maternité d’Elne, une maternité de fortune qui avait permis pendant la guerre à plus de 600 enfants de naître et de survivre à l’écart des camps de concentration où leurs parents, républicains espagnols et Juifs d’Europe du nord, étaient internés ; un lieu de mémoire qui fut un lieu de fraternité et de résistance, comme un miroir inversé des camps.
Le film, coproduit avec la télévision, n’était pas diffusé en salles, mais il était projeté dans de nombreuses bibliothèques, notamment dans le cadre du Mois du film documentaire, et j’accompagnais souvent les séances, où je rencontrais un public ému et attentif. Le film avait fait l’objet d’un bel article dans la revue Images documentaires que dirigeait Catherine, à laquelle j’ai par la suite eu l’honneur de collaborer.
Elle me demandait régulièrement des nouvelles de mon travail et je lui envoyais souvent mes dossiers d’écriture, qu’elle relisait avec attention et pertinence. En 2012, pour les 20 ans de la revue, elle avait publié la note d’intention de Visages d’une absente, le film sur ma mère que je venais de terminer et dont elle m’avait dit combien il la bouleversait, avant de le projeter un 8 mars à la Scam.
En 2016, lorsque je réalisais Les Fantômes du sanatorium, autour du séjour du jeune Roland Barthes au sanatorium des étudiants pendant la guerre, comme je lui expliquais qu’il me faudrait aller à l'abbaye d'Ardenne pour recopier à la main la volumineuse correspondance de l’écrivain conservée à l’IMEC (les ayant-droits interdisant photos ou photocopies), elle me proposa avec une grande générosité d’en transcrire une partie et à la fin du montage, elle sera encore à mes côtés pour enregistrer les lettres, lues par Bruno Podalydès.
Catherine n’était pas seulement passionnée par le documentaire, qu’elle aimait pour sa capacité à aiguiser et à déplacer le regard sur ce qu’il est convenu d’appeler le « réel », elle était aussi une grande lectrice. À la fin, elle me disait qu’elle ne pouvait plus lire, mais qu’elle prenait plaisir à écouter le livre audio de la Recherche du temps perdu. L’année précédente, dans un hommage à Richard Dindo, le grand cinéaste de la mémoire que nous chérissions tous deux, Catherine rappelait ses mots : « Les écrivains que nous aimons représentent notre propre rêve du langage. Ils disent ce que nous pensons et ressentons nous-mêmes. Leur vérité est aussi la nôtre et ça passe par le langage, car il n’y a pas de vérité en dehors du langage. » Au moment de s’absenter à son tour, Catherine nous laisse la douceur et la finesse de son regard.
Frédéric Goldbronn
Lire l'hommage de Catherine Blangonnet-Auer rendu à Frederic Wiseman : Frederick Wiseman, ami des bibliothèques publiques !
Lire l'hommage de Catherine à Richard Dindo