les yeux d'oc

Les Fantômes du sanatorium © Les films-cabanes

Les Fantômes du sanatorium

Admis au sanatorium des étudiants de Saint-Hilaire-du-Touvet dans l’Isère, en 1942, Roland Barthes y écrivit de longues lettres à son ami de collège Philippe Rebeyrol, ainsi qu’à d'autres correspondants, qui constituent le journal d’une vie à la fois recluse et riche de rencontres et d’échanges affectifs et intellectuels.

La caméra suit la voie abrupte du funiculaire et se rapproche, à travers un paysage hivernal, presque sauvage, de ce plateau des Petites Roches, dans le massif de la Chartreuse, où a ouvert en 1933 le sanatorium des étudiants de France, que le film nous montre en cours de démolition. Pendant ce trajet qui prend des allures de pèlerinage, Bruno Podalydès entame la lecture des lettres que Roland Barthes adresse à Philippe Rebeyrol, son condisciple au lycée Montaigne, qui rejoint en 1942 les forces françaises libres.

Roland Barthes est atteint de tuberculose pulmonaire depuis 1934 et fait une rechute à l’automne 1941. Empêché d’avoir une action sur l’histoire, de s’engager dans la Résistance comme d’autres le font si brillamment, il lit Michelet et Sartre, découvre la pensée de Marx et peaufine dans la quiétude ouatée des sommets, à l’écart du monde, une réflexion novatrice sur le langage et les signes, qui s’incarnera dix ans plus tard dans la publication du Degré zéro de l'écriture.

La lecture des lettres et des textes est soutenue par un montage image qui enchevêtre les scènes du présent, dans des lieux devenus fantomatiques, et les archives photographiques en noir et blanc issues du fonds Barthes de la Bibliothèque nationale de France et de la Fondation Santé des étudiants de France. Au-delà de la formation du futur théoricien, le film donne à voir l’homme Roland Barthes, un homme soumis à un traitement strict, qui témoigne de sa détresse et de son angoisse de ne pas guérir. Un homme qui se plaît à initier les autres patients à la musique et à jouer le rôle de bibliothécaire bénévole, qui chante les louanges de l’amitié, qui se passionne pour Camus. Un homme vivant, pensant, en devenir.