Selon la définition du dictionnaire Larousse, « la transidentité est le fait d’avoir une identité de genre qui n’est pas en adéquation avec le sexe assigné à la naissance. » Depuis plusieurs années, les questions de genre sont apparues dans les débats de société et dans la vie politique. Les études universitaires s’en emparent, les artistes se les approprient, la parole se libère et les témoignages affluent. Partons à l’écoute des récits de celles et ceux qui luttent pour être accepté·es.
Le film s’ouvre sur cette phrase de Paul B. Preciado, penseur central dans les études du genre : « La traversée est le lieu de l’incertitude, de la non-évidence, de l’étrangeté. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une puissance. » Cette traversée pour Léo, le personnage du film, c'est nager, sentir son corps dans l’eau, ce corps maladroit. C’est aussi marcher en étant dévisagé et ne pas être à sa place dans les douches pour hommes. Sur le bord de la piscine, Léo discute avec un groupe d’enfants de sa vie quotidienne, compliquée, et de son mal-être. Mais les idées reçues sont écrasantes, souvent appuyées par les injonctions familiales : « Moi, je suis un garçon et si je veux devenir une fille, ma mère, elle me tue. » Ça pouffe, ça se moque, mais au fond, le dialogue s’installe et Léo réussit, le temps d’une matinée, à changer un peu le regard des autres sur son corps. Ce corps dont il quitte chaque jour un peu plus la peau, comme une mue.
Une légende indienne raconte que le dieu Iravan, choisi pour être sacrifié, eut comme dernière volonté d'être marié. Comme aucune femme n’accepta sa main, le dieu Krishna se transforma en femme pour l’épouser. Ainsi les Hijra se revendiquent être la réincarnation de Krishna. Nées de sexe masculin ou intersexuées, elles quittent leurs familles très jeunes et se font opérer. Réunies comme des sœurs, elles vivent sous l’autorité de Guru, la doyenne, devenue leur mère protectrice. Respectées par la société indienne grâce à cette aura divine, elles mènent pourtant une vie difficile, identifiées comme travailleuses du sexe et cantonnées à vivre entre elles. Elles vivent d'aumône, dans les gares routières, les trains, les lieux touristiques ou cuisinent pour des cérémonies religieuses ou privées.
Chacune raconte sa vie jalonnée de combats pour s'assumer dans ce nouveau corps et le courage nécessaire pour résister à toutes les épreuves car comme le dit l’une d’elles « on est toutes là pour survivre ». Heureusement, la sororité les soude et leur apporte de temps en temps de la joie et des rires.
Diana et Katherine se retrouvent en 2015 devant la Casa Susanna, dans les Catskills - montagnes étatsuniennes. Cette sorte d’auberge accueillit à la fin des années 50 une communauté de travestis et de transgenres. Toutes les deux, nées homme, racontent leur parcours long et douloureux jusqu’à leur transition. Mariés et devenus pères, car ayant grandi « en jouant le jeu », elles se sont battues ensuite contre les diktats de la société, ont été rejetées par leurs familles, harcelées, violentées. On rencontre aussi Betsy, la fille de Donald, figure importante de la communauté, ainsi que le neveu de Tito - alias la fameuse Susanna qui créa ce lieu unique.
Car à la Casa Susanna, un vent de liberté permettait à tous·tes d’être iels-mêmes. Spectacles, discussions, création d’une association de travestis, cette aventure humaine engendra une exaltation et une solidarité qui permit à beaucoup d’entre iels de vivre sans se cacher et d’assumer enfin leur identité réelle. Illustrées par des images d’archives très émouvantes, ces quatre histoires sont une leçon de tolérance et de libération.
Au cœur du bois, de Klaus Drexel
Cassandro The Exotico!, de Marie Losier