les yeux doc

Toutes à poil !

Au bain des dames 2 © Caviar-Films de Nout
Alors que les magazines féminins assènent des conseils pour préparer son summer body, un corps athlétique et mince à exhiber sur la plage, laissons tomber ces vêtements qui entravent les femmes pour dévoiler des corps plus diversifiés. Des corps qui peuvent avoir des défauts, des formes, des plis, des secrets. En bref, une histoire.

Tandis que l’idéal d’un corps beau, jeune, lisse et bronzé est toujours véhiculé par les médias et la publicité, le cinéma documentaire peut être source de nouveaux imaginaires pour dire halte à la normalisation, non aux diktats et oui à une beauté plurielle et diversifiée. Dans trois films Les yeux doc, des femmes se mettent à nu. Interrogeons notre regard sur elles et sur le courage de se déshabiller aujourd'hui.

Au bain des dames : les filles du Sud

Sur la plage du Bain des Dames, à Marseille, un graffiti : « Soutif obligatoire les vieilles ». Même si la phrase peut faire sourire, cette injonction à cacher son corps dès qu’il est vieillissant contient tous les préceptes sexistes d’une société libérale et patriarcale. Dans les médias et la publicité, le corps féminin est montré pour stimuler le désir, le plus souvent masculin et cette exhibition repose sur des arguments de vente : « si tu veux la femme, achète la voiture ». Quand il ne sert pas à exposer des attributs féminins sexuellement désirables, le corps féminin est souvent utilisé pour vendre des idéaux inatteignables de minceur, de contrôle, de légèreté le plus souvent à l’imagerie prépubère.

Alors, quand une équipée d'amies marseillaises à la soixantaine largement dépassée se réunit sur la plage pour passer le temps, boire un coup, prendre le soleil, parler fort et tomber le haut du maillot, ça peut en choquer plus d’un·es. D’autant que les deux Joëlle, Régine, Carmen et Magali n'ont pas cessé de vouloir séduire. Cette défiance à la mort, ce mordant dans la vie, ça énerve les passant·es et tous les donneur·euses de leçons. Allez les filles, poursuivez le topless !

Smoke Sauna Sisterhood : mon corps, mon histoire

Le film d’Anna Hints est un pari esthétique. Smoke Sauna Sisterhood parvient à montrer pendant 90 minutes des corps féminins nus en retirant toute dimension sexuelle ou voyeuriste. En plaçant sa caméra au centre d’un sauna à fumée en Estonie, c’est-à-dire en prenant la place d’une femme parmi les femmes, la cinéaste parvient à capter les récits autour de ces corps : l’histoire d’une agression, d’une première fois, d’une maladie ou d’un accouchement. Chaque parcelle de peau révèle la condition des femmes en Estonie, ou ailleurs, car ces récits portent en eux une résonance universelle. Ainsi, loin de toute idéalisation exotique ou romantique propre aux œuvres sur les bains féminins, Anna Hints filme le sauna comme un espace de sociabilité et de confidences, dans une veine qui n'est pas sans rappeler certaines scènes de genre du peintre Vermeer.

Apolonia, Apolonia : fesses hautes !

Depuis les Vénus préhistoriques, jusqu'aux performances les plus contemporaines, en passant par les tableaux de la Renaissance, les beaux-arts ont inlassablement exploré le nu. Cette omniprésence pourrait avoir délesté les représentations de leur charge érotique ou scandaleuse, et faire passer le nu pour un poncif.

Il n’empêche : dans Apolonia, Apolonia, Apolonia Sokol se met à nu devant la caméra de la cinéaste Léa Glob, sa consoeur danoise et son amie. Dans une recherche vindicative de vérité et pour trouver une authenticité dans sa pratique de l’art, elle exhibe son corps dans un geste politique, comme son amie femen Oksana Shachko. À travers ses autoportraits, Apolonia Sokol rappelle parfois la radicalité d'un Vincent Van Gogh confronté à sa propre image. Il faut une certaine audace pour se dévoiler ainsi sans concession.