Pour Les Ateliers Varan, l’initiation au cinéma documentaire s’enseigne par la pratique depuis la constitution des premiers ateliers en 1978 impulsés par Jean Rouch. Un premier atelier de réalisation s’est tenu en 2017 en République Centrafricaine en collaboration avec l'Alliance française de Bangui, aboutissant à la création de 10 courts métrages documentaires. Ce premier atelier au sein d'un pays meurtri par la guerre civile a donné naissance à des films sur le thème de la reconstruction.
En 2018-2019 suit un second atelier de réalisation avec les mêmes cinéastes. Celleux-ci ont plus de temps pour écrire et tourner leur film. Le temps de tournage est composé de semaines d'atelier à Bangui avec les formateurs Boris Lojkine (Les Âmes errantes, 2005, L'Histoire de Souleymane, 2024) et Daniele Incalcaterra (El Impenetrable, 2012), et de suivi à distance. Le montage des films est ensuite assuré avec l’encadrement des chef·fes-monteur·euses Gilles Volta et Dominique Pâris et le suivi de Daniele Incalcaterra.
Les yeux doc a sélectionné trois films de ces deux ateliers où l'on découvre des jeunes gens enthousiastes et généreux, mais en lutte pour leur subsistance et leur avenir.
Docta Jefferson, Elvis Sabin Ngaïbino, 2017, 29 min
Boyi-Biyo (Double Poumon), Anne-Bertille Ndeysseit Vopiande, 2019, 27 min
Toi et Moi (Mbi Na Mo), Rafiki Fariala, 2017, 28 min
L’approche pratique et observante des Ateliers Varan, ainsi que le jeune âge des participant·es, offrent une représentation immédiate d’une génération de jeunes centrafricain·es tiraillée entre ses aspirations personnelles et son quotidien.
Le réel est constitué de gestes. Nos trois cinéastes filment ceux du travail. Quand Shilo pousse des quartiers de viande à travers la capitale centrafricaine, quand Agogo bat la poussière sur son taxi-moto et quand Jefferson peine à maintenir ouverte sa pharmacie, ce sont les fondamentaux de leur existence qui sont en péril. Comment subvenir aux besoins essentiels de leurs familles ? Ces films abordent un réel qui s’impose brutalement ; l'absence de débouchés, la débrouille, les difficultés d’accès aux soins ou aux études. Ils donnent à voir le rythme effréné d’une ville où peu de repos est possible. Aucun de ces jeunes hommes n’a de situation stable et cette précarité leur est constamment reprochée par leur épouse ou concubine, qui les rappellent à la réalité. En dépit des difficultés, toutes et tous aimeraient poursuivre d’autres ambitions (la course à pied, le tir à l’arc, étudier…). Mais avant les rêves, il faut d’abord remplir les ventres.
Pour chacun de ces cinéastes, il y a eu un avant et un après Varan. Les films tournés lors des Ateliers centrafricains ayant connu une notoriété en dehors du pays, les participant·es ont eu l'occasion de se lancer dans une carrière, nationale ou internationale, dans la formation, la production et la réalisation.
Après ses deux films réalisés dans le cadre des ateliers, Nous les femmes (I a wali) et Boyi-Biyo (Double Poumon), Anne-Bertille Ndeysseit Vopiande devient technicienne du cinéma puis formatrice à CinéBangui.
Elvis Sabin Ngaïbino réalisait quant à lui déjà des films pour la télévision centrafricaine avant les Ateliers avec son association Les amis du cinéma centrafricain. En 2017, Docta Jefferson est remarqué dans les festivals. Ngaïbino poursuit sa formation avec la deuxième session des Ateliers en 2018-2019, à l'issue de laquelle il réalise son premier long métrage documentaire Makongo, Prix des Bibliothèques à Cinéma du Réel en 2020. Il fonde ensuite la première société de production de films en République centrafricaine avec ses anciens formateurs. Son dernier film, Le Fardeau, est sélectionné à l’IDFA (Amsterdam) et au festival Cinéma du Réel en 2023.
Rafiki Fariala, remarqué avec son premier film d’atelier, Toi et Moi (Mbi Na Mo), remporte également avec son premier long métrage documentaire Nous étudiants ! le Prix des bibliothèques en 2022 au Festival Cinéma du réel (Paris). Il s’agit du premier film centrafricain à être diffusé à la Berlinale (Berlin). En 2026, son film en grande partie autobiographique Congo Boy est sélectionné dans la section Un certain Regard au Festival de Cannes. Sa sortie est prévue le 25 novembre 2026 dans les salles de cinéma françaises.
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