les yeux d'oc

La famille

Encore et toujours_Sempre le stesse cose_2649_1
En Italie, au Mexique, en Sibérie, à Paris, comment se porte cette entité pouvant générer amour, passion ou haine : la famille ?

 

L'expression « Familia » fut inventée par les Romains afin de désigner un nouvel organisme social dont le chef était le père. Il avait toute autorité, et même le droit de vie et de mort, sur sa femme, ses enfants et ses esclaves. Mais les sociétés ont évolué. Dans le film se passant en Italie, Sempre le stesse cose, les femmes ont pris les rênes de cette « familia » où les hommes sont démissionnaires. Au Mexique également, c’est une « matriarche » qui dirige une famille puissante, comme on peut le constater dans Mamacita, où s’entrecroisent l’intime et le socioculturel. En Sibérie, Braguino nous montre deux familles perdues dans l’immensité de la forêt, refusant de se parler. Là-bas, Clément Cogitore parvient à capter un monde en train de disparaître, une communauté très fragile face aux menaces. À Paris, on réfléchit dans La Sociologue et l’ourson à de nouvelles normes familiales... Bienvenue dans un univers de névroses, de disputes, mais aussi d’humour, d’excentricité et de remises en question.

Sempre le stesse cose, de Chloé Inguenaud, Gaspar Zurita

Durant six années, les cinéastes ont filmé à Naples, dans une rue en pente du quartier de la Sanità, une famille essentiellement composée de femmes. Les hommes ont en partie abandonné les lieux ou sont en prison. C’est l'histoire d'un clan qui a fait de la promiscuité un rempart possible contre l'hostilité du monde extérieur. Quatre générations vivent dans un basso, une pièce, une porte, une fenêtre donnant sur la rue. La famille semble captive d’un quotidien éternel.

Mamacita, de José Pablo Estrada Torrescano

Au Mexique, Mamacita, maîtresse-femme et redoutable femme d’affaires autodidacte, a construit un empire dans le domaine des cosmétiques. Elle a presque cent ans et est à la tête d’une famille nombreuse. L’irascible vieille dame à la personnalité aussi baroque qu’autoritaire n’a pas renoncé aux apparences de la coquetterie. Yeux lourdement fardés, mains nouées par l’arthrose mais couvertes de bagues, elle professe des valeurs d’un autre temps, exhorte les femmes à lui ressembler en prenant soin de leur apparence. Reine d’un royaume réduit à sa villa forteresse, amoindrie par l’âge, Mamacita est dépendante d’une palanquée de domestiques. Jardinier, chauffeur, chef, femme de ménage forment une petite cour qu’elle mène à la baguette tandis que des infirmières exemplaires se dévouent nuit et jour. Lorsque son petit-fils José Pablo Estrada Torrescano a quitté le Mexique pour l’Europe où il a suivi à Prague des études en cinéma, elle lui a fait promettre de revenir afin de réaliser un film sur sa vie.

Braguino, de Clément Cogitore

Clément Cogitore s’est rendu en 2016 à Braguino, du nom de la famille vivant dans quelques cabanes de bois perdues au fond de la Taïga sibérienne, à 700 km de toute présence humaine. Par ce geste, il souhaitait percer le mystère de la volonté d’un homme, Sacha Braguine, issu d’une communauté de Vieux Croyants, qui décida d’installer là sa famille il y a plus de trente ans, avec l’espoir de vivre en paix, dans l’autarcie la plus complète, et de construire un modèle de vie autosuffisant. Très rapidement pourtant, ce paradis devient la scène d’un conflit ouvert entre deux familles ne parvenant pas à cohabiter. L’échec d’une communauté possible compose l’axe central du film.

La Sociologue et l'ourson, d’Étienne Chaillou, Mathias Théry

Mathias Théry et Etienne Chaillou ont eu l'idée d'utiliser des peluches pour raconter l'année où le mariage pour tous est devenu une réalité française. Un dispositif plein de trouvailles qui donne à l'arrivée un passionnant documentaire, aussi ludique que didactique. La mère de Mathias est la sociologue Irène Théry, auteure de nombreux ouvrages sur le mariage, la filiation et la parentalité. Dans ce film, elle dispense ses lumières en oursonne bienveillante à travers des conversations téléphoniques avec son béotien de fils.