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Retour à Reims (fragments) © Jour2Fête

Retour à Reims (fragments)

Voyage singulier à travers le texte du sociologue et philosophe Didier Eribon, Retour à Reims (Fragments) raconte en archives une histoire intime et politique du monde ouvrier français de l'après-guerre à aujourd'hui.

Les mots de Didier Eribon, dits par l’actrice Adèle Haenel, accompagnent Retour à Reims (fragments) de bout en bout, sans jamais réduire le film à une simple lecture «augmentée». L’œuvre cinématographique reprend toutefois à son compte la structure même du récit, le passionnant entrelacement que fait Eribon entre d’une part des éléments autobiographiques - son histoire familiale et son enfance à Reims dans une famille d’ouvriers - et d’autre part une réflexion de nature sociologique et politique sur les classes sociales et la construction des déterminismes sociaux.

Les images et extraits qui composent ce film de montage sont issus du patrimoine cinématographique et télévisuel français (fictions, documentaires, actualités) et le film est découpé en deux mouvements: l’un fait entrer le spectateur dans la vie d’une famille ouvrière qui subit les aléas de sa condition, l’autre explique comment s’est organisée collectivement la résistance à ce quasi-esclavage. Le premier mouvement s’amorce avec un extrait de film sur les filles-mères, une ouverture symbolique qui souligne le statut particulièrement défavorable des femmes et qui sera suivie par l’évocation des avortements clandestins, du harcèlement sexuel, de la double journée des ouvrières, dites «émancipées» parce qu’elles ont un emploi en dehors du foyer. La vie des hommes n’est guère plus enviable, entre la dureté du travail à l’usine, les enfants trop nombreux à la maison et les beuveries entre copains. Le plus désespérant est sans doute la conscience de l’injustice du rapport de classe, conscience qui s’exprime dans le deuxième mouvement du film, à partir de l’appel de La Vie est à nous (1936) : «Camarade, reprends confiance, tu n’es pas seul». Le corps social se soude et se divise au rythme des espoirs et des désillusions qui agitent les époques. Bientôt, la classe ouvrière se détachera des partis politiques classiques pour rejoindre, d’abord timidement puis plus massivement, l’extrême droite. À ce tableau grinçant d’une population qui se referme sur elle-même, Jean-Gabriel Périot a voulu opposer en épilogue le réveil de la jeunesse, le retour de l’engagement et de l’action, la velléité de redonner du sens à la lutte, aux luttes, à toutes les luttes.

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Pour en savoir plus, lire le dossier de presse qui accompagne la sortie du film en salles comprenant un entretien avec le réalisateur Jean-Gabriel Périot. ©Jour 2 fête

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