« J’ai beaucoup aimé le dispositif du film, qui permet à une voix différente, celle d’un acteur porteur de handicap, de mener tout du long le documentaire, car c’est lui qui fait la voix off. J’ai trouvé que c’était une décision très cohérente, qui mettait en lien la forme et le fond, permettant à cet homme de ne pas être seulement l’objet de la caméra mais aussi un sujet qui prend en charge un récit, et qui raconte et décrit à sa manière son expérience.
J’ai aussi été profondément touchée par le thème du film, qui tombe à un moment où je me pose énormément de questions sur la négation véhiculée par le point de vue validiste de toute une vie intérieure pour les individus en situation de handicap mental. C’est peut-être ce que j’ai cherché à dire à travers le roman, qui aborde cette vie intérieure par le prisme de la vie affective, mais je pense que le rapport à l’art, à la sensibilité, est aussi victime de ce phénomène.
La possibilité de jouer autre chose que soi, d’avoir cette distance par rapport à eux-mêmes, est souvent un recul dont ils sont capables, mais que nous ne sommes pas en mesure de reconnaître, une nouvelle fois parce qu’on a tendance à nier toute leur complexité. J’ai été très émue par la diversité des acteurs, la diversité de leur manière de s’exprimer et de bouger, certains étant à cet égard plus proches que d’autres de la norme, mais chacun méritant sa place. J’y ai vu le personnage de Luz… »
Gabrielle de Tournemire est agrégée de lettres modernes et doctorante. Des enfants uniques (Flammarion, 2025) est son premier roman, lauréat du prix Envoyé par La Poste.
À lire : Des enfants uniques, Gabrielle de Tournemire, (Flammarion, 2025)
Fanny Taillandier et Gabrielle de Tournemire. Romancières en immersion / Regards croisés, le vendredi 20 février 2026.
Voir ce film pendant le festival dans la chambre sonore de la Gaîté Lyrique.