les yeux doc

Les invité·es d’Effractions font leur sélection : Stéphanie Arc

Stephanie-Arc 2 © Léa Desjours
Du jeudi 19 février au dimanche 22 février, plusieurs films issus du catalogue Les yeux doc sont projetés dans la chambre sonore de la Gaîté Lyrique pendant le festival Effractions. Chaque documentaire est sélectionné par un·e invité·e du festival, en lien avec la thématique de son livre. Stéphanie Arc a choisi Les Vaches n'auront plus de nom, d’Hubert Charuel en relation avec son dernier ouvrage : Comment je n’ai pas sauvé la terre (Rivages, 2026).
Les mots de l’autrice

« Les Vaches n'auront plus de nom, d’Hubert Charuel, montre les derniers jours de la ferme laitière de ses parents, bientôt en retraite, et la migration de leurs animaux vers une exploitation entièrement automatisée. Fini le rapport « humain » aux vaches, nommées Éponine ou Falbala, considérées dès lors comme des numéros. Si j'ai choisi ce film, c’est d’abord parce que le regard porté par ce fils, qui refuse de reprendre le flambeau, m’a beaucoup touchée, notamment celui qu’il pose sur sa mère, Sylvaine, très attachée à ses vaches, et la façon dont elle vit cette douloureuse transition (quand les hommes, eux, se déclarent soulagés).

Ce documentaire m’a personnellement rappelé les semaines passionnantes, joyeuses, parfois éprouvantes et compliquées aussi, que j’ai passées auprès d’une famille d'agriculteurs bretons pour écrire mon roman, nos moments d'échanges, de complicité et de travail. Je partage très fortement les partis pris du réalisateur : s’ancrer dans le réel sans fard, sans l’esthétiser, ni l’enjoliver, montrer les choses « telles qu’elles sont » (telles qu’on les voit), à la table de la cuisine ou à l’étable, ne pas délivrer de message univoque mais tenter de saisir les situations sous leurs multiples facettes et de dresser un portrait sensible, nuancé, empreint d’humour, des personnes, au plus près d'elles, en dévoilant leurs contradictions, leurs conflits, leurs violences, les systèmes dans lesquels elles sont prises…

Dans ce documentaire, filmé au cœur des salles de traite (« artisanale » vs « industrielle »), nous nous prenons en pleine poire la brutalité extrême de nos pratiques envers les animaux, les difficultés matérielles de ce métier, qui disparaît à mesure que les fermes sont abandonnées, la dissonance cognitive entre le fait d’aimer ses animaux et le fait de les exploiter, voire de les manger (le gros plan sur le hachoir à « viande » dit tout), etc. C’est pour moi tout l’enjeu du cinéma, comme de la littérature, de pouvoir exprimer, en très peu de mots ou d’images, toute la complexité du monde. »

Stéphanie Arc

Diplômée de philosophie morale et politique à la Sorbonne, Stéphanie Arc est journaliste (CNRS Le journal, Science et santé, Science et vie junior, Arts Magazine, Première) et écrivaine (Quitter Paris, éditions Rivages, 2020).

À lire : Comment je n’ai pas sauvé la terre, Stéphanie Arc (Rivages, 2026)

L'événement Effractions

Stéphanie Arc, Louise Browaeys et Adèle Rosenfeld. Notre lien au vivant / Regards croisés le samedi 21 février 2026.

Voir ce film pendant le festival dans la chambre sonore de la Gaîté Lyrique.