Au bain des dames
Sous le soleil marseillais, une bande de retraitées se prélasse en maillot de bain. Ce ne sont ni les hommes, ni les jeunes, qui les empêcheront de profiter de la plage – et de la vie. Un premier film truculent et émouvant, César du court métrage documentaire en 2026.
Sur une petite plage de Marseille, les deux Joëlle, Régine, Carmen et Magali prennent le soleil en maillot de bain. Ça discute bruyamment, ça rit, ça chante et ça cancane. Maquillées, coiffées, parées de couleurs et de bijoux, les filles se racontent leurs histoires sentimentales et sexuelles et se charrient sans cesse, comme des adolescentes. Elles ont la soixantaine largement dépassée.
Ces jouisseuses retraitées prennent, sur le sable et dans l’eau, toute la place qu’elles souhaitent, comme un pied de nez à ceux qui voudraient les invisibiliser. Leurs corps tannés et luisants se côtoient entre deux serviettes de bain, tandis qu’elles partagent pizza, pastèque et bière dans une chaleureuse promiscuité. Derrière cette joie furieuse, à travers leur gouaille frondeuse, continuent pourtant à pointer des insécurités féminines – ici, le rapport aux hommes, là, le dégoût de son corps. Leurs éclats de rires ambivalents libèrent la parole tout en enrobant leurs fragilités.
En mettant en scène une bande de copines dont la liberté se mesure au nombre des années, Margaux Fournier débusque l’immense puissance des femmes. Dans une grande proximité avec ses personnages, elle impulse quelques discussions sans maîtriser leur direction, révélant une effarante capacité à renaître de ses cendres, à braver l’adversité pour se réjouir au présent. Ces femmes, qui ont subi leur vie durant tout ce que le patriarcat fabrique de normes oppressives et de violentes relations de domination, ont la rage d’un bonheur dont elles connaissent la valeur, et d’une frivolité négociée de haute lutte. À les voir, à les entendre, comme les jeunes gens qui partagent la plage avec elles, on est irrésistiblement gagné·es par une envie explosive d’avoir envie.