les yeux d'oc

Bains publics

Bains publics

Le jour se lève à Bruxelles sur le marché aux puces des Marolles, le quartier des antiquaires. La caméra s'arrête sur un bâtiment : ce sont les Bains du Centre, Baden en flamand, construits en 1949 par l'architecte Maurice Van Nieuwenhuyse, puis classés patrimoine protégé en 2010. Les Bains de Bruxelles sont composés d'un flamboyant espace réparti sur cinq étages contenant deux piscines, des douches publiques et des salles de sport. Kita Bauchet, réalisatrice formée à l’Institut national supérieur des arts du spectacle (INSAS), filme ce lieu comme on s'immergerait dans les abysses, à la découverte d'un monde à part, avec ses règles et sa classification propres. De l'aube à la nuit, elle filme les bains sous différents angles, ambiances et lumières. Bassins vides, vestiaires aux carrelages mouillés, douches alignées et machineries à la Jules Verne, l’esthétisation du réel exalte la substance poétique de ces lieux utilitaires . Cadrages choisis, caméra sous-marine, plans filmés au drone et montage sonore minutieux permettent d'entrer dans le domaine des sensations et de partager cette expérience relaxante, voire salvatrice, dont parlent les nageurs. La piscine est filmée comme un havre de paix, un espace enveloppant comme une bulle, « un monde en bleu » vivant, qui paraît grouiller de toutes parts, rassemblant une micro-société d'habitués qui se croisent, parfois sans se connaître. Personnels administratifs et d'entretien, maîtres-nageurs, techniciens assurent l'accueil et la sécurité des usagers. De l'enfance au grand âge, tous sont ici pour se détendre, s'amuser, s'exercer... Certains viennent seulement se laver moyennant 2,50€. Ce sont ces personnes, les plus démunies, qui retiennent l'attention de la réalisatrice, notamment à travers le regard tendre de Viviane, préposée aux douches publiques. Ce n'était pas son rêve de jeunesse de «frotter toute la journée» mais cet emploi lui a évité la rue et lui a rempli le cœur depuis trente ans. Quelques-uns lui confient, comme des amis, leurs secrets et leurs peines. «Bains publics» dénonce ainsi avec subtilité les inégalités à travers le partage d'un moment de pause agréable où la nudité efface les barrières sociales. En définitive, des douches du rez-de-chaussée jusqu’au grand bassin du 3e étage, il n'y aurait que quelques pas à faire pour se rencontrer et pourquoi pas, se retrouver.