les yeux d'oc

Géographie humaine

Géographie humaine

Un film peut en cacher un autre. Derrière l’apparente simplicité du projet, réaliser un portrait documentaire de la gare du Nord, se cachent de multiples sujets sur la France d’aujourd’hui et un second film, de fiction. C'est l’une des principales entrées en matière avec les passants, les voyageurs ou les travailleurs de la gare : d'où venez-vous ? De quelle nationalité êtes-vous ? Et non pas : où allez-vous ? Si la gare du Nord est un carrefour, un véritable nœud urbain où se croisent les lignes de métro de la capitale, les trains de banlieue reliant le centre-ville aux aéroports et aux lointains pays qu'ils desservent, l'Eurostar d'avant Brexit et les trains à destination de l'Europe du Nord, elle rassemble dans ses espaces de nombreuses identités. Brassage et métissage forment ici un socle commun. Comme si le monde pouvait se recomposer autour d’un point géographique, un village global, une gare-monde. Claire Simon travaille en binôme avec un ami, Simon Merabet, poète varois et algérien. Plus qu’aux touristes et aux professionnels en déplacement, le duo s'intéresse surtout aux invisibles, aux travailleurs précaires : ven-deurs, agents de sécurité, personnels d'entretien et aussi à ceux qui «habitent» la gare. Quelques jeunes viennent ici pour draguer et éviter la police des quartiers. Des badauds s'occupent de petits commerces. Des baroudeurs retrouvent leurs amis ou dorment dans les couloirs. Alors oui, il y a la poésie et la fugacité du lieu, l'envie de départ, la beauté des rencontres éphémères, mais surtout, il y a l'inertie, l'attente de ceux qui espèrent des jours meilleurs, l'accès à un vrai travail, à des papiers qui symboliseraient la fin du déracinement. Même les descendants de familles immigrées, nés en France et Français, semblent perdus entre deux mondes. Ils restent en gare, entre deux cultures.Le film jumeau de « Géographie humaine », « Gare du Nord », développe les pistes fictionnelles déjà présentes dans le documentaire. Des phrases issues du documentaire se retrouvent dans la fiction : «Mec faciles avec filles faciles». On voit même certains voyageurs «réels», comme la souriante Marie, croiser Nicole Garcia, Reda Kateb, Monia Chokri ou François Damiens. La gare du Nord devient une source romanesque d'inspiration, elle nous accorde un généreux voyage immobile.

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