Faire corps
Claire est artiste à Mellionnec, en Bretagne. Ses journées sont remplies et organisées, rythmées par le travail à l’atelier et les idées qui fourmillent. Pour une personnalité entière comme elle, y a-t-il une autre façon satisfaisante de vivre ?
Claire travaille intensément à donner forme. À la matière d’abord, qu’elle modèle et caresse de ses mains ; à la musique ensuite, quand ses doigts courent sur le piano ; à ses idées enfin, qui fourmillent en cascades de mots et de gestes. Arnaud Le Hesran la filme ainsi, sans cesse en mouvement. Claire s’agite, elle hésite, réfléchit, parfois se trompe. Ses mains qui virevoltent témoignent de sa recherche perpétuelle. Le cliquetis de ses bracelets, la glaise qui s’abat bruyamment sur la table et sa voix qui doute rythment sa pensée en marche.
La discipline quotidienne de Claire est joyeuse et drôle, à son image (bien observer le plan qui la montre lisant dans son jardin). Envisager sa pratique comme un artisanat lui confère une lumineuse humilité. Simultanément, explique-t-elle, cette rigueur la maintient en mouvement ; elle l’éloigne de l’abîme où pourrait s’engloutir sa solitude d’artiste.
Car l’atelier où Claire passe ses journées oscille entre abri et prison ; sa vie en harmonie avec son milieu résulte d’un équilibre fragile. C’est l’art qui donne du sens à cette quête existentielle. Lorsque Claire chante, sa voix emplit l’espace avec puissance et douceur. Lorsqu’elle revêt un costume qu’elle a créé, et déambule à travers une prairie, elle se fond dans son environnement avec une incroyable poésie. Et tout s’apaise.