C'est pas fini mais presque
Dans sa maison de la campagne bretonne, Yann tente d’aller au bout de ses projets d’art, d’artisanat, de plantation... La cinéaste Claire Glorieux essaie de comprendre ce que signifie cette difficulté à terminer : un attachement aux objets et aux souvenirs, un anticapitalisme un peu punk, ou le désir d’un chemin sans fin ?
Yann a pour projet de fabriquer une bourse en peau. Cela ne date pas d’aujourd’hui : il en a déjà laissé moisir deux. Yann voudrait aussi transformer des lattes de bois en bâtonnets de construction pour sa fille… Et puis il doit développer une pellicule depuis dix ans, sans parler de ces balles en plastique, récupérées mais pas utilisées, ou de son tatouage, esquissé sur son bras, jamais fini.
Avec douceur, Claire Glorieux filme Yann alors qu’il sculpte, plante, emmène son enfant à la crèche. Elle dialogue avec lui et trouve sa place dans la maisonnée. La cinéaste et plasticienne apporte également ses propres bricolages de papier. Manipulés par Yann, ils deviennent les supports délicats de son récit. Des feuilles d’arbres dessinées ou une maison miniature permettent de rappeler tout ce que Yann a déjà accompli avec sa compagne, Vanessa. Des jouets en forme d’animaux évoquent avec poésie le poids d’un métier subi, et la place d’une petite fille dans le quotidien. Ce goût pour les créations éphémères, partagé par la cinéaste et son personnage, raconte le désir farouche de vivre en harmonie avec son environnement et dans une liberté proche de l’enfance.
Dans le cadre contraint d’un film de quinze minutes écrit, réalisé et monté en trois semaines de résidence à Mellionnec, Claire Glorieux parvient avec humilité et inventivité à brosser le portrait subtil d’un homme attachant. Par petites touches et sans perdre de vue son sujet, elle donne une grande profondeur à son personnage. Le cheminement, les doutes et les rêves de Yann en deviennent universels.