les yeux doc

Chaylla ©Novanima Productions.jpg

Chaylla

La vie n’a pas été clémente pour Chaylla Rebahia. Née à Roubaix, mère au foyer d’un jeune fils atteint de mucoviscidose, Chaylla subit la colère de son mari devenu violent et alcoolique. Pourtant, Chaylla fait face. Sa détermination n’a d’égale que sa dignité.

Des violences conjugales, nous ne connaissons que les statistiques des dépôts de plainte. Ainsi 244 000 victimes déclarées en 2022 : deux tiers pour des violences physiques, un petit tiers pour violences verbales ou psychologiques et 5 % pour violences sexuelles. Nous savons que l’écrasante majorité des victimes sont des femmes. Nous savons aussi que seule une victime sur quatre porte plainte. Des victimes, nous ne connaissons que des visages floutés et leurs voix maquillées entrevues à la télévision. Car rares sont celles qui ont le courage de témoigner, le courage de surmonter publiquement l’humiliation des coups et le désastre social du divorce.

Clara Teper et Paul Pirritano ont pris le temps de la complexité, car le chemin est long et l’accompagnement indispensable. Plus qu’un portrait, le film est un compagnonnage avec Chaylla pour exposer l’endroit de l’envers, le social et l’intime, la procédure judiciaire et la famille que Chaylla continue à porter à bout de bras. Le quotidien est ainsi la matière d’un récit au centre duquel Chaylla se métamorphose lentement. De victime, la jeune femme s’empuissance pour puiser la force de prendre son destin en main. Chaylla n’est ni un modèle, ni une héroïne. Elle incarne en revanche une figure de la résilience, pour ses fils Melvin et Warren, comme pour elle-même.

L'avis de la bibliothécaire

Delphine Ledru, Bibliothèque Mériadeck, Bordeaux
Membre de la commission nationale coordonnée par Images en bibliothèques

C’est le long parcours de Chaylla pour se soustraire à son ancien compagnon violent que donne à voir ce film. Clara Teper et Paul Pirritano ont pu filmer la jeune femme pendant quatre ans et l’ont ainsi accompagnée dans toutes les étapes à franchir pour se libérer de cette emprise. Qu’elle lutte pour la garde de son fils, qu’elle retourne auprès de son ancien compagnon ou qu’elle doive faire face aux incompréhensions des travailleurs sociaux ou de diverses institutions, la caméra reste toujours au plus près de Chaylla, laissant sa parole au cœur du dispositif, sans jamais la juger. Le film est également ponctué de scènes où Chaylla reçoit le soutien de sa belle-mère et de sa meilleure amie qui font entrer la joie et l’espoir dans ce récit. Le premier long-métrage de Clara Teper et Paul Pirritano est donc un film de combat et d’espoir qui, au moyen d’un portrait, raconte une réalité collective et qui invite à beaucoup de bienveillance.

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