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What You Gonna Do When The World's On Fire ?

What You Gonna Do When The World's On Fire ?

Comme nombre de documentaristes, Roberto Minervini a developpé des affinités électives avec un pays, une région, une population, qu'il a découverts en tant qu'étranger. Souvenons-nous de Jean Rouch au Niger ou de Louis Malle en Inde, le cinéaste italien a quant à lui choisi le Sud des États-Unis, entre Texas et Louisiane. Il a réalisé en quelques années une oeuvre dédiée aux laissés-pour-compte de l'Amérique, qui oscille entre fiction et documentaire, celui-ci semblant prendre l'avantage au fil du temps comme si les hommes et les femmes croisés en chemin, avec leurs doutes, leur colère, leurs vies bricolées et leur beauté aussi, avaient rendu inutile et vain le travail factice de recréation du réel, du vivant, du présent. La gestation de "What You Gonna Do..." est un parfait exemple de la méthode empirique de Minervini, dont le projet initial était de creuser les origines de la musique afro-américaine et son rôle dans la lutte pour les droits des Noirs. La rencontre avec Judy Hill, descendante d'une famille de musiciens R&B et patronne du bar Ooh Poo Pah Doo de Treme (Nouvelle-Orléans), lui ouvre les portes de territoires et de quartiers considérés comme inaccessibles par les Blancs. Sans perdre le fil rouge de la musique, toujours présente en arrière-plan, Minervini construit un film de dialogues à travers les histoires croisées de plusieurs personnages, victimes de la radicalité des conflits raciaux : Judy, la première, menacée d'expulsion du fait du processus de gentrification de son quartier qui fait grimper les loyers ; Ronaldo et Titus, deux jeunes frères dont le père est en prison ; les Indiens de Mardi-Gras, des Afro-américains réprésentants d'une ancienne tradition de métissage entre les communautés noires et amérindiennes de Louisiane ; enfin, les militants d'une résurgence contemporaine des Black Panthers, le New Black Panther Party, qui défilent en uniforme dans les rues, manifestant contre les meurtres racistes impunis commis à Baton rouge et dans le Mississippi. Le noir et blanc somptueux de l'image, choix "politique" du réalisateur, magnifie la beauté des visages et des corps sans jamais édulcorer le tragique de ces existences marquées par les éclats d'une violence devenue endémique.

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