D’abord, un retour au temps des images amateur pixélisées et des conversations sur le service de messagerie en ligne MSN. Dans Mémoire morte, Quentin Sombsthay explore le disque dur d’un jeune inconnu parisien, Florian, dont il se retrouve détenteur par hasard. Les archives personnelles de 2007 brossent progressivement le portrait d’un jeune homme qui se construit avec des normes viriles délétères, emblématiques de sa génération et de son milieu. Un comportement que le jeune cinéaste décrit à quinze ans d’écart en anthropologue, presque en archéologue.
D’archives de soi, il est également question pour la jeune Eïdi, qui se filme et se raconte dans le film éponyme, sous le regard du réalisateur Emmanuel Piton. Ici, les glitchs numériques et la géométrie des cités parisiennes laissent place à l’organicité de l’argentique et de la forêt bretonne. Depuis toute petite, Eïdi veut prendre le large. Peut-être, à force de grimper à la cime des arbres, finira-t-elle par s’envoler. En attendant, elle parcourt, en toute liberté et à l’écart des standards, le monde et sa jeunesse.
Emma est elle aussi en dehors des normes adolescentes. Amoureuse du chant des oiseaux et de musique espagnole, elle évolue tant bien que mal dans un monde qui va trop vite pour elle. Dans Soy Emma, Liza Le Tonquer filme les rapports parfois frictionnels avec sa sœur, sa colère face à celles et ceux qui, au lycée, lui font sentir sa différence, mais aussi ses moments de calme et de joie, seule dans sa chambre ou en forêt.
Entre l’adolescence et l’âge adulte, quelques années de flottement et de bascule caractérisent la vingtaine. Pour Hadrien et Ulysse, dans Camarades, elles se sont déroulées dans une résidence étudiante parisienne et sont sur le point de se terminer, au moment où Hadrien rend son mémoire de Master et quitte son studio. Ulysse Sorabella filme la fin d’une époque unique faite de galères et de légèreté partagées, de travail et de prise de conscience sociale et politique. Surtout, il dépeint un portrait tout en nuances et en émotion de son copain Hadrien, et de leur grande amitié de jeunesse.
Avec L’Ordre des choses, Naomi Grand raconte quant à elle l’émergence d’une réflexion féministe au sein de plusieurs groupes de jeunes femmes parisiennes. Dans ce film choral, chacune construit progressivement sa pensée et prend conscience d’un système de domination et de violences, parfois avec naïveté ou quelques hésitations, parfois du fait d’expériences traumatiques. Toutes, ensemble, cherchent les moyens de lutter et de construire une société plus juste pour envisager l’avenir.