les yeux d'oc

Regards sur l’Allemagne

Berlin-Stettin
Le 26 septembre 2021, l’Allemagne tourne la page de l’ère Merkel.

 

Chancelière depuis le 22 novembre 2005, l’histoire individuelle d’Angela Merkel épouse celle de son pays. Née à Hambourg en 1954, elle a grandi en République démocratique allemande (RDA) et a connu la Réunification des deux Allemagnes. À l’issue des élections fédérales du Bundestag débutera la 21ème législature de la République fédérale d’Allemagne. Pour comprendre le passé et le présent de ce pays essentiel à la construction européenne, entreprenons un voyage dans un village où perdure une tradition très vivace, un périple mémoriel le long de l’Elbe et une incursion dans les archives des Années de plomb.  

À travers une tradition millénaire, La Croix et la bannière

Jürgen Ellinghaus fut producteur, chroniqueur et auteur de documentaires radiophoniques puis chargé des programmes allemands de la chaîne documentaire Planète/Planète TV. Son deuxième film documentaire est une immersion dans une «Schützenfest», la Fête des tireurs, à Beverungen, petite ville de l’est de la Westphalie. Cette coutume médiévale, héritière des guildes et confréries, connue depuis le Xème siècle et orgueilleusement enracinée, repose sur de nombreux défilés en uniforme et un concours de tir qui désigne son «Roi». Ces fêtes viriles mobilisent toute la communauté des villageois ainsi que les instances religieuses. En filmant de l’intérieur une fête locale folklorique, Ellinghaus documente et questionne un état d'esprit, la persistance d'une tradition ancrée dans les mentalités, les liens entre le religieux et le profane, le goût pour les armes et les parades militaires.

Au fil de l'Elbe, Berlin-Stettin

Volker Koepp est né en 1944 à Stettin, ville qui fut allemande avant de devenir polonaise en 1945. Formé à l'écriture et la réalisation à l'école de cinéma de Potsdam-Babelsberg, Koepp fut engagé par la DEFA (Deutsche Film AG), le studio officiel de la RDA, jusqu’à sa disparition en 1992. Son œuvre s'attache aux territoires de l’Europe de l’est, à leurs habitants et à leurs langues maltraités par l’Histoire. Sa filmographie est dominée par deux fresques : une série de cinq films de 1975 à 1997 sur des ouvrières de Wittstock et une trilogie sur les briqueteries de Zehdenick avant et après la Réunification. En suivant l’est de l’Elbe, Berlin-Stettin chemine de la ville natale de Koepp à la capitale de l’Allemagne. Dans ce voyage, il côtoie des visages familiers de films antérieurs et fait de nouvelles rencontres. En contrepoint des récits et destins singuliers déchirés par l’Histoire, l’immensité des paysages et la lumière de la Baltique offrent des respirations, des pauses où la beauté des lieux apporte un apaisement, un moment de quiétude dans la tourmente et les griffes profondes de l’Histoire.

Pendant les années de plomb, Une jeunesse allemande

Le premier long métrage documentaire de Jean-Gabriel Périot retrace chronologiquement l’histoire de la Fraction armée rouge (Rote Armee Fraktion) des origines de cette organisation d’extrême-gauche à la mort de ses principaux leaders en prison (les suicidés de la prison de Stammheim). Périot construit, à partir d’un long travail de recherche dans les archives visuelles et sonores, un film en deux parties avec en incipit la voix de J.-L. Godard s’interrogeant sur le cinéma allemand et en excipit un extrait du segment réalisé par R.-W. Fassbinder dans L’Allemagne en automne (Deutschland im Herbst). Tandis que la première partie documente l’Allemagne des années 1965-1970, la contestation étudiante et l’itinéraire des futurs membres de la R.A.F., la seconde présente les actions terroristes de la R.A.F. de 1970 à 1977, les Années de plomb vues par le prisme de l’État fédéral et des médias de l’époque. À ces documents officiels s’agrègent les archives personnelles des fondateurs du groupe communément surnommé «La Bande à Baader» ou «Groupe Baader-Meinhof». Grâce à ces matériaux sonores et visuels, souvent inédits, Périot relate le basculement d’intellectuels dans la violence révolutionnaire, présentée comme une réponse à la violence étatique, et le choc qui en résulta dans la société allemande. 

« Je fais des films parce que je ne sais pas.» J.-G. Périot