Mesdames et Messieurs, M. Leonard Cohen /
Ladies and Gentlemen, Mr. Leonard Cohen
Dans ce portrait décontracté réalisé en 1965, le poète, romancier et auteur-compositeur Leonard Cohen lit sa poésie devant un public conquis, joue avec son image à la télévision et dans les studios d’enregistrement, et se promène dans Montréal, seul ou en compagnie. Un film plein d'humour et de fantaisie, mêlant créativité et autodérision.
À la croisée du cinéma direct, des images d’archives et de la mise en scène fictionnelle, le portrait documentaire à l’Office national du film du Canada (ONF) souligne l’intérêt constant des cinéastes pour la captation des corps et des visages et leur appétence à mettre en avant des personnalités publiques avec légèreté, mais aussi avec distance.
Deux portraitistes hors pair se sont associés pour enregistrer des scènes de la vie quotidienne de Leonard Cohen (1934-2016), peu avant qu’il ne devienne une célébrité internationale. Songs of Leonard Cohen, le premier album du chanteur de Suzanne, sortira deux ans après le film, en 1967. Donald Brittain et Don Owen ne montrent d’ailleurs pas le jeune poète voyageur, romancier et auteur-compositeur canadien dans l’univers musical. Néanmoins, Mesdames et Messieurs, M. Leonard Cohen montre déjà un personnage féru de scène : Cohen cabotine devant la caméra, joue avec son public lors des lectures et nourrit le film d'anecdotes variées sur l’amitié, la bohème et la création. Il est facile d’imaginer que ce film léger sur la vie d’artiste fut l’objet d’une cocréation entre le poète et les réalisateurs. Le film tend même vers la mise en abyme lors de certaines séquences au cours desquelles Cohen se regarde à l’écran. Ainsi, le portrait donne à voir un artiste en construction dont la notoriété grandit, jouant avec son image et participant activement à sa propre mise en scène.
Les réalisateurs Donald Brittain et Don Owen sont des cinéastes pionniers de l’ONF des années 1960. Owen laisse une large part à l’improvisation dans son approche du cinéma. Il réalise des portraits d’artistes, de travailleurs et de marginaux emprunts de poésie, d’un grand sens du cadre et du mouvement : Le Coureur (1962), Charpentiers du ciel (1965)… Quant à Brittain, il s’intéresse davantage à l’aspect journalistique et politique, à quoi il ajoute une touche de mordant et d’humour très personnelle : en témoignent son portrait du sulfureux romancier Malcolm Lowry Le Volcan (1978), son documentaire sur le quotidien des bureaux, Paperland, the Bureaucrats Observed (1979) ou sa série Les Champions (1988), sur les politiciens René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau.