Apple Cider Vinegar
Quel est le point commun entre un calcul rénal, un volcan du Cap-Vert et un géologue anglais ? C’est l’énigme proposée par Sofie Benoot dans cette déambulation originale entre le minuscule et l’infini. Un film puzzle, quelque part entre documentaire animalier et conte philosophique, qui fait parler pierres et phoques, nous interrogeant sur le lien entre le corps et la planète.
Tout commence par des séquences presque magiques : sur des images, captées par des webcams des quatre coins du monde, surgissent des animaux rares et majestueux. Ces fragments sont commentés par la voix rauque, mais rassurante, de Siân Phillips, actrice galloise d’un certain âge ayant animé une série documentaire animalière en Grande-Bretagne. Rien ne laisse présager que cette narration nous mènera vers des habitations recouvertes de lave au Cap-Vert, au cœur de carrières palestiniennes, ou encore sur les terrains d’enquêtes de la police scientifique britannique.
Tout dans Apple Cider Vinegar est surprise, fantaisie, émerveillement. La voix de la narratrice, familière et fragile, nous guide dans des histoires minérales toutes particulières, et pourtant universelles. Avec humour et finesse, Sofie Benoot parvient à nous faire ressentir la matière même du sol sur lequel nous marchons, tout en éveillant en nous une curiosité inattendue pour le monde des pierres. Cet exercice de mise en relation intellectuelle entre pays, personnalités et pratiques liées à la roche ouvre une réflexion profonde et philosophique sur notre condition humaine.
Dans Blue Meridian (2010) et ses autres films tournés aux États-Unis, la cinéaste belge tissait déjà des liens entre histoire des paysages, récit politique et anthropologie. Avec Apple Cider Vinegar, elle conjugue en sus une réflexion plus personnelle sur l’écologie. Elle décrit une vision de l’anthropocène, nous rappelant avec malice que nous faisons pleinement partie du monde que nous transformons, et que nous détruisons.