les yeux doc

Churchillpolarbeartown© Paraiso Production.jpg

Churchill, la ville des ours polaires

Churchill, polar bear town

Churchill, petit village du Nord du Canada au bord de la baie d’Hudson, est encerclé par la toundra et n’est accessible qu'en avion. La cohabitation avec l’ours polaire a façonné son histoire. L’animal, désormais protégé, hante ses rues, provoquant une véritable aubaine touristique et parfois, le plus grand effroi des habitants.

“Des siècles durant, d’octobre à novembre, une cohorte d’ours polaires migre en direction du littoral de la baie d’Hudson. Là, ils attendent que la banquise se forme. Lorsque les eaux ont enfin gelé, ils traquent le phoque sur la glace, et laissent Churchill derrière eux, jusqu’à l’année suivante. Quand les premiers colons arrivèrent à Churchill au XVIIIe siècle, la cohabitation avec l’ours polaire fut d’abord houleuse. La ville s’est érigée à l’emplacement même où les ours se regroupaient depuis des siècles. Pour parer toutes menaces et tenir les bêtes en respect, les pionniers et autres trappeurs usèrent de leur attirail guerrier. De fait, rapidement, les populations d’ours polaires amorcèrent un déclin, et le commerce de la fourrure fructifia.

La relation entre les habitants et l’animal changa radicalement dans les années 1980, quand les autorités déclarèrent l’ours blanc en voie d’extinction. Sa chasse fut donc interdite dans le Manitoba. Les ours ne pouvant plus être tués, le commerce légal de fourrure s’effondra. Pour palier à ce nouveau manque-à-gagner, la ville se tourna alors vers le tourisme. L’ours sauvage que l’on tuait devint l’ours sauvage que l’on apprivoise. Le rapport des habitants de Churchill au monde sauvage se complexifia. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de se protéger de la nature, mais de l’utiliser à des fins spectaculaires, sensationnelles. L’ours, à la fois craint et admiré, devient la star d’une nouvelle industrie qui, à de nombreux égards, est révélatrice des paradoxes de notre monde moderne. Ces mutations dans le rapport entre l’homme et son environnement s’accordent autour d’une même logique : celle du profit."

Propos de la cinéaste Annabelle Amoros, dossier CNC

L'avis de la bibliothécaire

Alexia Roux, Médiathèque Edouard Glissant, Le Blanc-Mesnil
Membre de la commission nationale coordonnée par Images en bibliothèques

Ville du Canada, Churchill est surnommée la capitale mondiale de l’ours. Annabelle Amoros y filme la difficile cohabitation entre les humains et les plantigrades dont ils grignotent le terrain. Considérés comme une attraction touristique, les ours polaires font partie d'un environnement dont la blancheur est ambivalente, l'imperceptibilité du danger voisinant avec sa relative neutralisation. Certains plans soulignent l'aspect figé et hors du temps de Churchill, tels ces immenses rouleaux de glaces qui montent jusqu’au ciel. L'esthétique cotonneuse a fonction d'amortisseur. La rencontre avec l’ours peut être rude mais sa présence ne cesse d'être banalisée et les habitants en tirent profit en monnayant des histoires vraies ou en organisant des safaris. La réalisatrice tarde à les montrer pour mieux embarquer le spectateur dans un jeu de cache-cache et le jeu rassure. Un leitmotiv est symptomatique : c'est un duo déguisé formé par le chasseur et son ours qui parcourent la ville pour se faire photographier. L'ours polaire n'est lui-même qu'un participant, parfois férocement indiscipliné, au grand carnaval de la wilderness dont il est l'emblème.

+ d'infos

Pour en savoir plus, lire le dossier de presse © Paraiso Production

Consulter le document

À découvrir également