les yeux doc

Rashid l'enfant de Sinjar © Alter Ego production

Rashid, l'enfant de Sinjar

Rescapé des prisons de Daesh, Rashid retrouve sa famille à Sinjar, une région montagneuse du nord-est de l’Irak. Aujourd’hui adolescent, ce jeune Yézidi rêve d’un avenir meilleur pour son pays, en pleine reconstruction. Mais à Sinjar, la paix demeure fragile, et la haine envers la minorité yézidie refait surface.

Rashid, c’est d’abord un sourire, une moue parfois renfrognée, et un corps qui grandit trop vite, comme celui de tant d’adolescent·es. Mais l’enfance du garçon lui a été arrachée. Le 3 août 2014, deux mois après la prise de Mossoul et la proclamation du califat, l’État islamique (EI) lance une épuration ethnique contre les « incroyant·es », visant notamment les minorités religieuses yézidies des monts Sinjar. Ce massacre a causé la mort de plus de 5 000 personnes et le déplacement de 400 000 autres. Les hommes de plus de douze ans sont exécutés ou convertis de force, tandis que femmes et enfants sont capturé·es, détenu·es, réduit·es en esclavage ou envoyés au combat. En 2021, près de 3 000 yézidis restaient encore captif·ives ou porté·es disparu·es. En France, la justice a reconnu pour la première fois ce génocide lors du procès du djihadiste Sabri Essi, le 20 mars 2026.

Séquestrés dans les prisons de l’État islamique, Rashid et sa famille comptent parmi les survivant·es profondément marqué·es par la guerre. S’immerger dans leur existence, c’est documenter de près les exactions subies à l’arrivée des djihadistes. Mais la cinéaste belge née en Slovénie Jasna Krajinovic (Un été avec Anton - 2012, La Chambre vide - 2016) s'attache surtout à l’après, à la longue et laborieuse reconstruction d’une famille brisée. Il a fallu beaucoup de patience et de confiance pour qu’elle et son équipe puissent recueillir le témoignage de ses membres. De surcroît, filmer à Sinjar comporte de nombreux risques, le tournage est interdit et le danger réel ; la cinéaste surmonte ces obstacles en se concentrant sur l'intimité du foyer et la vie du village, sublimée par des images somptueuses prises devant des paysages rocailleux.

Au fil de trois séjours, entre 2019 et 2023, l’équipe suit Rashid et les siens : on les voit guérir, recommencer à rêver. Cette famille autrefois promise à une vie confortable et heureuse, fait preuve d’un courage bouleversant pour préserver son identité. Derrière les larmes et l’angoisse pour la petite sœur, toujours prisonnière, l’amour existe et illumine leur quotidien, dont l’horizon s’assombrit de nouveau. Même au milieu des ruines, la résilience de la communauté yézidie est telle que Rashid parvient toujours à retrouver son sourire.

L'avis de la bibliothécaire

Erika Carton, Bibliothèque Universitaire de l'Orangerie, Vichy
Membre de la commission nationale coordonnée par Images en bibliothèques

A Sinjar, au nord-ouest de l’Irak, les Yezidis représentent une minorité kurde qui vit aujourd’hui dans les ruines d’une ville hantée par le génocide de 2014. Morts, disparus, prisonniers, l’Etat islamique de Daech est sans limite et sans aucune pitié. On craint que cela se reproduise. Rashid a survécu à la prison d’Etat, au meurtre de son grand-père, à la disparition de sa petite sœur ainsi que d’un grand nombre de ses compatriotes. En 2014, il était enfant. Devenu jeune homme, il a la possibilité de tout quitter pour sauver sa vie ; mais tout quitter c’est encore vivre une énorme déchirure. Ce film est extrêmement poignant et surtout, il est humain de par la personnalisation d’un peuple, d’une famille, d’un garçon au regard bleu qui nous serre le cœur, humain oui face à ce qu’il peut exister de plus inhumain.

+ d'infos

Pour aller plus loin lire le dossier de presse.

Consulter le document

À découvrir également