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Oubliés de la Belle étoile © Alter Ego

Les Oubliés de la Belle Étoile

Le centre de redressement Belle Étoile, créé après-guerre par l’abbé Garin, s’est développé à partir de 1948 pour prendre en charge des enfants de 5 à 16 ans relevant de la justice des mineurs ou de l’assistance publique. Comme tant d’autres, Dédé, Michel, Daniel ou André ont enduré les maltraitances systémiques de cette institution privée. Aujourd’hui, ils se confient pour faire connaître leurs souffrances et trouver le chemin d’une justice restaurative.

Des contreforts d'Albertville jusqu'au massif de La Belle Étoile, les trois sites du centre, Mercury, Tamié et l'Étanche peuvent accueillir jusqu’à 160 enfants et adolescents, répartis par tranches d’âge. En 1961, une inspectrice de l’Éducation surveillée présente cette institution comme un lieu où « les enfants évoluent dans une atmosphère faite de joie, de confiance réciproque et de sérénité ». En réalité, la Belle Étoile est un espace d’enfermement où la maltraitance confine au sadisme. Les conditions de vie sont spartiates : sans chauffage, ni sanitaires. Les châtiments sont brutaux : coups et humiliations, marches forcées de nuit dans la neige, privations d’eau et de nourriture, jusqu’aux violences sexuelles.

Pour son second long métrage, Clémence Davigo a réuni une petite bande de rescapés passés par la Belle Étoile. Dans cet écrin de verdure avec vue sur la montagne éponyme, les langues se délient autour de repas ou de randonnées partagés. Son film offre une maïeutique puissante pour ces hommes d’âge mûr encore perclus d’angoisses, et dont les blessures enfouies de l’enfance restent béantes. À force de patience, la cinéaste est parvenue à faire émerger avec une délicatesse infinie, une fraternité toute particulière, propice aux confessions.

À la cellule d’écoute de la Maison diocésaine, le collectif cherche une reconnaissance publique de leur calvaire. L’évêque de Savoie les reçoit. Aujourd’hui, les bourreaux sont morts. D’autres scandales ont éclaté, ici sur les dérives de « l’éducation surveillée », ailleurs sur les abus sexuels sur mineurs commis par des religieux ou des laïcs. La responsabilité de cette histoire est aussi collective à l’échelle d’une société, ici rurale, préférant fermer les yeux sur les méthodes autoritaires d’éducation. Contre l’oubli se dresse désormais la dignité et le courage de ceux, qui ne sont décidément plus Les Oubliés de La Belle Étoile.

L'avis de la bibliothécaire

Marie-Hélène Tomas, Médiathèque intercommunale Gilbert Dalet, Crolles
Membre de la commission nationale coordonnée par Images en bibliothèques

A travers un film enquête tout en émotion, Clémence Davigo donne la parole à un groupe d’hommes à l’enfance commune. Les oubliés de La Belle étoile, quatre hommes qui se retrouvent pour ne pas oublier et se dire que leur vécu est bien réel. Quatre hommes aux regards qui déjà témoignent, qui se souviennent ensemble afin de rompre le silence sur une histoire violente et douloureuse. Dans un climat de confiance où l’autre sait, où l’autre est son semblable, la parole peut enfin se libérer, doucement, sans à coup. Ici ce sont des hommes qui parlent de maltraitance, psychologique, physique, sexuelle. C’est un film où la caméra capte au plus près les témoignages d’un trauma qui façonne l’histoire de l’homme, son parcours et sa relation aux autres. C’est un film de confessions et de recherche de reconnaissance. Mais le chemin est encore long et promet d’être difficile pour ces personnages au passé torturé. Un film bouleversant, sensible, nécéssaire.

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