les yeux d'oc

Khamsin © Stank

Khamsin

Liban, de nos jours. Les traces de la guerre civile sont encore apparentes. La corruption des partis gouvernementaux se fait de plus en plus insoutenable. Les corps se soulèvent. Les mots se heurtent. Au milieu de ce marasme, des musiciens venus de différents horizons branchent leurs instruments et les font résonner de toutes parts.

“Le monde tremble mais ne va pas s’effondrer”. Après 60 ans d’alternance entre guerre et paix, cet aphorisme souvent employé par les Libanais n’est plus en adéquation avec leur situation actuelle. La population, qui semblait ne plus avoir la force de se soulever, est descendue dans la rue en 2015 pour dénoncer la mauvaise gestion de la “crise des ordures” par le gouvernement. Ce mouvement d'opposition a pris une ampleur telle qu’il s’est transformé en révolution en octobre 2019, avant d’être interrompu par la crise sanitaire.

Les réalisateurs Grégoire Orio et Grégoire Couvert ont accompagné entre 2016 et 2018 le groupe français Oiseau-Tempête, pendant leurs sessions d’enregistrements studio avec un collectif de musiciens libanais. La parole est donnée aux acteurs de la scène musicale rock et expérimentale de Beyrouth, dont la dynamique se tisse au fil des rencontres. Certains de ces musiciens, ayant vécu plusieurs années hors des frontières libanaises, sont revenus dans leur pays avec l’ambition de construire ici ce qu'ils étaient partis chercher ailleurs. La dimension créative et collective du projet ouvre des espaces de liberté dans une société brutale aux rêves enlisés.

Intrication entre le poétique et le politique, Khamsin forme une mosaïque visuelle et sonore où l’expérience d’un territoire se projette dans la musique et les mots, et inversement. Partant des ruines antiques de Baalbek pour aboutir aux immeubles de Beyrouth, construits trop vite par des promoteurs immobiliers cupides, les réalisateurs présentent sous forme de collage les différentes impressions fugaces de leur voyage. Certaines séquences, purement musicales, offrent un parcours fantasmé dans la ville accompagné par des textes de Mahmoud Darwich. Le Hi8, support vibrant et sablonneux, donne un aspect intemporel à ces images et les situe du côté de l’archive et du clip. La ville et ses habitants forment un cœur battant, libre et vivant, à l’image du vent chaud soufflant dans le désert, le Khamsin, qui donne son titre au film.

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