les yeux d'oc

Love, he said

Love He Said

Rendons grâce à la magie du cinéma d’animation qui permet à Inés Sedan, en à peine six minutes, de ressusciter le sulfureux écrivain Charles Bukowski (1920-1994), auteur de nombreux romans et nouvelles dont «Mémoires d’un vieux dégueulasse» (1969), «Contes de la folie ordinaire» (1972), «Women» (1978), publiés en France à partir de 1977 chez divers éditeurs, puis à un rythme soutenu chez Grasset qui devient son éditeur exclusif. Si le lectorat français s’approprie rapidement l’œuvre en prose de Bukowski et a pu découvrir l'homme sous un jour peu flatteur, en septembre 1978 sur le plateau de l’émission «Apostrophes», il a une connaissance bien moins approfondie de l'œuvre poétique, monument impressionnant de près de 5000 textes encore largement inédits en français. Pour survivre, Bukowski a donné des lectures publiques de ses poèmes dans des lieux divers, notamment au City Lights Poets Theater, à San Francisco, où il a été filmé et enregistré dans les années soixante-dix. C’est là qu’il bâtit son mythe, peaufine son style inimitable avec une voix traînante et envoutante qui lui sert aussi bien à ciseler des poèmes intimes qu’à lancer des rots sonores en direction d’un public avide de scandale. Dans l’arène, Bukowski est toujours ivre et sirote à un rythme soutenu des canettes de bière. Son ivresse crée un climat propice aux confidences, mots d'amour et détails crus de l’existence, fantasmes de mort, sexe omniprésent et urgence de l’écriture, jusqu’à dévoiler les violences subies dans son enfance, ses révoltes et les innombrables échecs de sa vie d’adulte. «Love He Said», transcription graphique quasi-psychanalytique du poème «Love», recherche la vérité du personnage en s’appuyant sur des photographies d’époque et sur les archives filmées de la télévision publique californienne KCET, -plus particulièrement sur le documentaire «Bukowski Reads Bukowski» de 1974-, captées en rotoscopie (procédé consistant à dessiner sur des vues réelles pour créer un effet réaliste) et adaptées dans le style symboliste caractéristique de la réalisatrice. La bande-son quant à elle est entièrement reprise d’un enregistrement audio de 1973. Fervente admiratrice du poète, Inés Sedan a glissé dans un plan sa vision personnelle de l’homme Bukowski, un homme qui essuie quelques larmes furtives avant de (se) reprendre «Now we’ll get back to the standard hard bullshit» (Revenons au baratin habituel).