les yeux d'oc

Bustarenga !

Bustarenga !

Les émissions de téléréalité (L’Amour est dans le pré, Coup de foudre au prochain village) ont fait leur miel des peines de cœur des ruraux et de leur difficulté à trouver l’âme sœur. Ce sujet sensible mérite toutefois mieux qu’une approche axée sur le sensationnalisme et seule la proximité culturelle peut permettre d’appréhender ce qui se cache dans le cœur d'hommes et de femmes vivant pour certains en presque autarcie. Ana Maria Gomes, artiste visuelle installée à Paris, revient comme chaque été à Bustarenga, minuscule hameau montagnard du centre du Portugal. Sous le couvert d’une comédie documentaire primesautière, Ana orchestre le dévoilement des pensées les plus secrètes des habitants à propos de l'amour et du mariage. Elle n’est toutefois pas venue pour observer de loin les mœurs villageoises, mais pour solliciter les conseils avisés de sa grand-mère et des femmes de sa famille, restées sur place. Comment doit-elle s’y prendre pour trouver un époux ? Vêtue d’une robe jaune poussin légère, elle profite de l’été pour se lancer dans une pseudo-recherche du prince charmant, dispositif subtilement fictionnel et faussement naïf qui lui permet de provoquer les confidences et de recueillir les histoires de sa parentèle. Tout le village s’intéresse à la quête de la jeune femme, jusqu’à s’engager à ses côtés dans la chasse au prétendant. Elle-même joue son rôle avec une évidente délectation, se prêtant volontiers aux séances de maquillage et à l'exercice obligé du bal populaire. En arrière-plan, la vie habituelle d’un village en mode estival se déroule sous le regard de la caméra, entre folklore, traditions séculaires et saudade. Parallèlement au scénario de projet nuptial, élaboré dans l’intimité douillette de la salle à manger de la grand-mère d’Ana, la télévision diffuse un reportage sur la destinée romantique du couple princier formé par le prince Harry et la comédienne américaine Megan Markle. Une belle histoire qui fait rêver les femmes, trop belle pour leur insuffler la moindre velléité de mise en cause du modèle patriarcal. En dépit de cet environnement propice et de toutes les incitations, Ana n’a pas trouvé d’époux cet été-là. Mais elle a conforté son appartenance à la communauté de son enfance, posant parmi les rochers de Bustarenga pour un cliché-souvenir qui rejoindra bientôt le mémorial du village.

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