les yeux d'oc

Le Souffle du canon

Le Souffle du canon

Rapatriés d’Afghanistan ou du Mali sans blessures apparentes, des vétérans de l’armée française victimes d’un SPT (syndrome post-traumatique) sont accueillis pour un stage d'une semaine dans un centre de soins, le Centre de ressources des blessés de l'armée de terre (Crebat), niché au cœur du Mercantour. Dans ce paysage bucolique, hommes et femmes crapahutent ou gravissent les cols à vélo, profitant des pauses dans les prés pour se replonger dans le contexte de leurs missions lointaines et développer des stratégies de survie, comme ils ont appris à le faire spontanément au cours de leurs interventions sur le terrain. Le danger a eu beau s'éloigner, les réflexes sont toujours là, la peur aussi. Des instructeurs les accompagnent en permanence pour les stimuler, mêlant entretiens, jeux de rôle et manipulation de briques Lego. On parle beaucoup car, plus que dans les médicaments, la guérison se cache dans la parole, l'angoisse peut être endiguée par l’expression des mots, même si ces mots témoignent des violences subies, des horreurs qui ont ponctué le travail quotidien. Le bruit des armes, la proximité de la mort ont perturbé durablement les esprits humains: certains vont s’en remettre, d’autres seront sans doute perdus pour longtemps, leurs larmes témoignant d'une honte et d’un dégoût d’eux-mêmes et des autres qu’il sera difficile d’effacer des cervelles et des coeurs. Selon Nicolas Mingasson, qui travaille depuis plus de dix ans sur le quotidien des soldats, "Ils ne sont pas guéris –on ne guérit pas du stress post-traumatique–, mais ils apprennent à le gérer, comme un mutilé qui deviendra plus habile avec ses prothèses au bout d'un certain temps. L'enjeu, c'est d'arriver à maîtriser les dérapages." Si le tabou du SPT est maintenant levé au sein de l'armée, qui considère les victimes comme des blessés, reste à développer les moyens, encore trop modestes, affectés à la prise en charge des nombreux individus à "réparer".

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