les yeux doc

Vous êtes en terre indienne 16-9 © ONF

Vous êtes en terre indienne

You Are on Indian Land

Le 18 décembre 1968, des Mohawks (Kanien'kehá:ka, de leur nom autochtone) bloquent un pont reliant le Canada aux États-Unis, pour contester les droits de douane que le pays leur impose sur leur propre territoire. Tourné le jour même avec et pour la communauté, ce film en tension saisit la confrontation en direct : les policiers souriants puis menaçants, les clés de bras et les arrestations qui suivent. La partie est jouée d’avance.

Un policier canadien explique poliment que la route relie deux pays et qu'il est interdit de la bloquer. Un manifestant mohawk lui répond que la route traverse une réserve et que c'est lui, le policier, qui se trouve sans autorisation en terres indiennes. La situation est posée : deux conceptions incompatibles de la justice vont lutter sur ce pont, comme sur un échiquier.

Le gouvernement du Canada a décidé d’imposer des droits de douane aux Kanien'kehá:ka d'Akwesasne, pour traverser un pont construit sur leur propre réserve. La communauté se mobilise donc contre cette obligation en invoquant le Traité de Londres de 1795, censé leur garantir la libre circulation de part et d'autre d'une frontière internationale tracée sans leur accord. L'action directe sur le pont vise à forcer le gouvernement à réagir, alerter les autres communautés, et rendre pressant ce qui autrement serait oublié dans le tiroir d’une administration.

L’intérêt du film, au-delà du témoignage historique, tient au fait que la caméra montre la logique interne de chaque camp. Les policiers cherchent à régler la situation sans incident notable, avec la politesse d'abord, la menace ensuite, la force en dernier recours. Les manifestant·es organisent une résistance non violente : des enfants encerclent une voiture qui devient difficile à déplacer sans brutalité, les prises de parole s'adressent autant à leurs caméras qu'aux forces policières. L'affrontement est surtout une démonstration de pouvoir, et les deux parties ne l’ignorent pas.

Le film circule parmi les réseaux militants autochtones d'Amérique du Nord. Michael Kanentakeron Mitchell, l'étudiant qui a organisé le blocage autant qu'il l'a filmé (pour lequel il a été crédité réalisateur… en 2017 !), quitte ensuite le cinéma pour se consacrer à sa communauté : élu Grand Chef d'Akwesasne en 1984, il organise en 1988 un nouveau passage sur le même pont, déclare une machine à laver et des couvertures destinées à une communauté alliée, et refuse de payer les taxes. L'affaire monte jusqu'à la Cour suprême canadienne. Elle lui donne tort en 2001, avec l’arrêt Mitchell c. Canada.

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