Double poumon
Boyi-Biyo
En République centrafricaine, on les appelle « Boyi-Biyo », ou double poumon : ce sont les pousseurs de viande. Chaque matin, ils attendent à l'abattoir qu'on remplisse leur pousse de grands quartiers de viande avant de courir à travers la ville jusque chez leur patron boucher. Shilo est l'un d'eux. Il court, il court. Il a un rêve : gagner le marathon de Bangui.
Double poumon (Boyi-Biyo) présente dans le détail la pénible activité professionnelle d’un jeune travailleur à Bangui, en République centrafricaine. En suivant les préceptes formels caractéristiques des Ateliers Varan, à savoir une approche d’observation du réel dans la durée, Anne-Bertille Ndeysseit Vopiande suit attentivement le quotidien de Shilo, dont la mission consiste à « pousser la viande » sur un chariot de fortune. De l’abattage de la bête jusqu’aux étals du marché, chaque geste est ausculté : découpage, transport, pose des morceaux. Entre son point de départ et la livraison, Shilo traverse la cité en courant pieds nus dans la terre battue.
Le jeune homme aspire à mieux et surtout considère son travail comme un entraînement pour le marathon de Bangui. Quelles sont ses chances de percer dans le monde de la course et à quel point ce projet ressemble-t-il à une chimère ? Ce rêve ne convainc ni son épouse ni ses ami·es que l’on rencontre avec Shilo lors de scènes de la vie courante, tous et toutes plus pragmatiques que lui. Ainsi, Boyi-Biyo présente surtout le manque d’opportunités d’une génération, peinant à faire subsister sa famille et se tournant vers la religion ou des fantasmes de succès pour atténuer ses souffrances.