les yeux d'oc

Sauver une langue © F-Seitse

Sauver une langue

Keelepäästja

Un jeune chercheur estonien très savant mais fantasque, qui se donne sans le vouloir des faux airs rimbaldiens, poursuit ses rêves de régénération du patrimoine linguistique amérindien. Pendant que sa jeune femme se morfond à Tallinn, attendant le retour de «l’homme aux semelles de vent», Indrek Park, voyageur impénitent, a trouvé refuge très loin de son petit pays balte, dans les vastes prairies du Dakota du Nord. Là vivent les Mandans, Hidatsas et Arikawas, trois tribus indiennes affiliées constituant la nation MHA, qui partagent les terres de la réserve de Fort Berthold. Indrek est diplômé de l’université de Tartu, en Estonie et chercheur associé du département des langues de l’université de l’Indiana à Bloomington. En dépit de son haut niveau scientifique, il a préféré à l’enseignement les études de terrain et le contact prolongé avec les populations. Dans le village de Twin Battes, il travaille avec Edwin, un homme déjà âgé qui est le dernier locuteur de mandan. Après quelques années, Indrek est capable de transmettre ce qu’il a appris d’Edwin. Il cible en priorité les enfants qui pourront plus largement faire circuler la langue. Il travaille aussi à la conception d’outils d’apprentissage linguistique pour que le mandan soit accessible à tous et correctement documenté. Comme beaucoup de projets de longue haleine, celui-là est fragilisé par le manque de subsides. Les Indiens de la nation MHA, qui sont devenus très prospères en ouvrant leurs terres à l'exploitation du pétrole de schiste, sont aussi devenus très dépendants du cours de l’or noir qui s’effondre inexorablement, mettant en péril les financements des programmes scientifiques et culturels. Indrek est inquiet car l’avenir est plutôt sombre : il n’y a plus d’argent et Edwin meurt sans que la transmission ait pu être achevée. C’est lui qui est désormais le dernier locuteur de mandan et il doit assumer vis-à-vis de la tribu sa situation paradoxale d’homme blanc dépositaire d’une culture indienne. Cerné par les problèmes, il rentre à Tallinn retrouver sa jeune femme et assister à la naissance de son premier enfant. Cette «fin heureuse» un peu trop parfaite est immédiatement suivie d’un épilogue filmé un an et demi plus tard. Indrek est retourné à Twin Battes où il donne des «bains linguistiques» aux tout-petits et forme plusieurs jeunes adultes recrutés par la tribu. Il semble heureux, quoique débordé de travail, et sans doute pas prêt de retourner en Estonie, où sa fille grandit sans lui.

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