les yeux d'oc

Muhammad Ali The Greatest © Arte Distribution

Muhammad Ali The Greatest 1964-1974

En 1964, Cassius Clay devient champion du monde de boxe poids lourds. Une date dans l'histoire du sport et un événement marquant pour la défense des droits des Noirs aux États-Unis. Dix ans plus tard, sous le nom de Muhammad Ali, le boxeur défie George Foreman, tenant du titre, à Kinshasa (Zaïre). Les films d’agit-prop de William Klein, réalisés autour de 1968, témoignent de l’activisme des mouvements contestataires, notamment des partisans du Black Power. Bien que juif, le cinéaste new-yorkais parvient à s’introduire dans l’équipe du futur militant Black Muslim Cassius Clay, à la suite d’une rencontre fortuite avec Malcolm X. Dans le monde de la boxe, il y a toujours un bon et un méchant. Pendant la préparation du match entre Sonny Liston et Cassius Clay, en 1964, William Klein remarque que les rôles sont inversés. Clay, âgé de 22 ans, est un beau garçon agile, sans antécédents judiciaires, tandis que le tenant du titre, de dix ans son aîné, est un ancien prisonnier à la vie dissolue. Pourtant, c’est Clay qui est considéré comme le “mauvais Noir”. Son insolence, et, surtout, ses revendications politiques, font de lui un homme virulent et incontrôlable qui inquiète autant les promoteurs et sponsors que le public blanc. Caméra embarquée, montage dynamique au rythme syncopé et découpage “coup de poing”, le film de William Klein est à l’image de son héros : bavard, enragé, insoumis, sans gêne, captivant. Klein filme au cœur de la foule, n'hésite pas à couper “cut”, à déformer les visages avec le grand-angle et à cadrer trop serré. Également peintre, graphiste et photographe, le cinéaste interroge le mythe Ali. Les signes s'accumulent dans cette carte postale pop, collage jazzy de panneaux publicitaires, titres de journaux et souvenirs des combats... Objet-simulacre mettant en abyme la performance d'acteur du boxeur, le film révèle aussi ses contradictions : Ali est à la fois un militant anti-américain et un pur produit de l’American Dream. Avec ses phrases choc et sa suffisance, le sportif fascine, devenant phénomène d’une société du spectacle émergente en même temps que représentant de toute une population. Ce magnifique boxeur au surnom évocateur: “The Greatest” a redonné de la visibilité aux Afro-américains peu après la mort de Martin Luther King. C’est donc en toute logique qu’il est devenu un héraut de la cause noire aux États-Unis comme sur le continent africain.

Voir un extrait

À découvrir également