les yeux d'oc

Felix in Wonderland © Ecce Films

Felix in Wonderland

Il était une fois un homme qui désirait enregistrer un chien pendant qu’il mangeait un micro. Il ne savait pas comment rendre le micro appétissant... En Allemagne, il y a pourtant une solution simple : le camoufler sous une saucisse ! On entre ainsi non pas dans le monde d’Alice by Lewis (Carrol), mais dans l’univers joyeux de Felix by Marie (Losier). Dans cette odyssée fantastique et surtout fantaisiste, il n’y a pas de lapins blancs, mais des cosmonautes, des ventriloques et des chirurgiens mabouls. Fidèle comparse du milieu artistique underground, Marie Losier présente ici un nouvel aperçu de ses créations féériques, vibrantes et chatoyantes. Avec sa caméra Bolex 16 mm, la cinéaste franco-new-yorkaise a tiré le portrait de nombreux personnages aimant se mettre en scène : le catcheur Cassandro, la chanteuse Peaches, le punk Alan Vega… Elle partage à chaque fois la création de son film avec ces performeurs parcourant la vie comme une œuvre d'art, parfois fébrilement, mais toujours avec grâce. Elle ne leur prend rien, elle leur donne un espace de liberté, et d'échange. Ici, son rire, discret, ponctue les obsessions de l'Allemand Felix Kubin, compositeur de musique électronique, bricoleur de boum boum, attrapeur de sons et de rêves. Felix vit à quinze centimètres au-dessus du sol, et ce depuis l'enfance. À 9 ans déjà, à l'achat de son premier synthétiseur Korg MS-20 (qu'il traine partout dans le film), il s’est vite retrouvé «seul avec la beauté». Jusqu’à se fixer dans un groupe, mais de solitaires, le duo Die Egozentrischen 2, et donner à seulement 15 ans un premier concert électro-punk mythique à Hambourg. Freaks, marginal, incompris ? Poète, génie ? Felix partage aujourd'hui ses facéties avec des mélomanes et des musiciens du monde entier et avec sa fille surtout, sa première complice. Depuis 2005, le compositeur a élargi son champ de création de l’électronique à la sphère contemporaine ; notamment en 2013 avec "Falling still", une œuvre imposante réinterprétant la théorie des cordes avec un chœur d'enfants, du matériel électronique et un orchestre symphonique. Les délires et les idées ne manquent pas à cette icône de l'électro-pop, se revendiquant du mouvement dadaïste. L'expérience de rêverie sonore et visuelle de "Felix in Wonderland" aide à renouer avec l'enfance. On se surprend à rouler des épaules pour accompagner la danse communicative du chef d’orchestre. Ça y est, nous sommes aussi tombés de l'autre côté du miroir.

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