les yeux d'oc

Paris 1900 / Nicole Védrès

Paris 1900

Paris 1900, sous-titré Chronique de la vie à Paris de 1900 à 1914, est né de l’imagination du producteur Pierre Braunberger, formidable promoteur du cinéma français depuis les années 1920, ami de Jean Renoir, Marcel L’Herbier, Marc Allégret et futur partenaire des cinéastes de la Nouvelle vague. Fin 1945, il confie le projet d’un film sur Paris à Nicole Vedrès, qui a jusqu’alors fait ses armes dans le journalisme et publié plusieurs essais sur la mode et l’art dans l’immédiat après-guerre. Cette amoureuse des livres, qui écrira ensuite plusieurs romans, s’initie au film de montage historique, genre qui ne lui est pas tout à fait étranger, puisqu’elle a déjà fait des recherches approfondies dans les archives, avec la complicité d’Henri Langlois, pour son ouvrage «Images du cinéma français» conçu comme une déambulation poétique dans l’univers du cinéma. Seul le médium change, mais Vedrès passe de l’écrit au film avec un naturel confondant : «Paris 1900 m’a offert la première occasion de manier de la pellicule. J’ai procédé de façon fort empirique, sans aucune théorie au départ, en me laissant guider par le sens plus ou moins mystérieux qu’avaient en elles-mêmes les images, plutôt que par l’enchaînement logique des événements qu’elles relatent. J’aimerais donc bien penser que, contrairement à une sorte de légende qui commence à s’établir autour de ce film, les gens qui ont envie de faire des films sachent que cette envie est la première condition de la réalisation, beaucoup plus importante que la compétence ou l’expérience.» (Revue Ciné-club, 1947). Nicole Vedrès va puiser une riche matière dans les fonds du musée Albert Kahn et de la Cinémathèque française, dans les archives Gaumont et Pathé, chez les collectionneurs et jusqu’aux marchés aux puces parisiens où elle achète des bobines en vrac. Elle dispose de plusieurs centaines de films, d’enregistrements sonores et de nombreux documents, qui seront reproduits au banc-titre (journaux, tableaux, photographies). Après avoir mis au point un plan de classement thématique pour contrôler la masse des archives, elle s’attaque au montage avec la monteuse Myriam. Elle écrit au fur et à mesure un texte, dit par Claude Dauphin, qui fait jaillir le sens plus qu’il ne commente, qui interroge plus qu’il ne décrit, entraînant le spectateur dans une expérience sensible des images. Dans le montage définitif, le film comporte deux parties et suit une progression dramatique : la première partie s’intéresse aux spectacles, aux célébrités et à la mode, avant de s’effacer devant une seconde partie beaucoup plus sombre, montrant les inondations de 1910, les grèves, les guerres en Europe et, en guise de bouquet final, le départ fleur au fusil des jeunes soldats français de 1914.Sorti dans les salles françaises en 1948, Paris 1900 connaît un succès à la fois public et critique. Il est remarqué par de jeunes cinéastes, tels Alain Resnais, qui a participé au projet en tant qu’assistant, et Chris Marker. (Source : Vedrès et le cinéma / Laurent Veray, Éditions Nouvelles Place, 2017)