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Homo botanicus

Homo botanicus

Projet intensément personnel d’un botaniste «perdu en chemin», "Homo botanicus" traite avec émotion, rigueur et parfois une touche d’humour, du vertige de la science omnisciente et de l’amour de la nature.Guillermo Quintero, auteur de ce premier film, a abandonné des études de biologie à l’université nationale de Bogota (Colombie) pour venir étudier la philosophie –notamment l'épistémologie-, en France. Des années plus tard, son parcours ayant bifurqué vers l’audiovisuel et le cinéma, il reprend contact avec son ancien professeur, le botaniste Julio Betancur, pour un projet de film destiné à témoigner de la pratique académique de celui-ci, fondée sur le recensement systématique des plantes et sur la transmission des connaissances. Le tournage a lieu au cours d’une expédition dans la forêt tropicale à laquelle participent le professeur Betancur, spécialiste des bromeliacées, et un de ses étudiants, Cristian Castro, fervent admirateur des orchidées. La collecte des échantillons n’est pas sans danger car certaines plantes poussent haut sur les arbres. Il faut les extraire avec soin, les photographier, les nommer et les décrire, un exercice qui pose de nombreux problèmes à l’élève, pourtant scrupuleux et appliqué. Au bivouac, les deux hommes partagent une bière et échangent des impressions ; la relation est complexe, parfois un peu condescendante de la part du maître, toujours respectueuse de la part de l’élève, et l’on sent que quelque chose se noue entre le jeune homme en formation et le savant reconnu : un lien indicible qui procède autant de la nécessité pédagogique que d’une compréhension immédiate et profonde entre deux personnes partageant une même passion. En écrivant l’histoire de la forêt tropicale à travers le recensement systématique des millions d’espèces qui la composent, projet démesuré financé par l’État, ces scientifiques s’acharnent à faire vivre et immortaliser le souvenir d’une nature que les hommes ont condamné à disparaître. À l’instar de ses compagnons botanistes qui collectent des plantes, le cinéaste collecte des images, des plans et des séquences pour composer un paysage à la fois rationnel et sentimental, sous-tendu par une partition de musique concrète en phase avec les bruits de la forêt. Quintero récuse l’approche didactique pour son documentaire et lui préfère une approche artistique. Son expédition à lui est un voyage onirique au service d’une vision personnelle, amoureuse et critique, de la science. Une aventure placée sous le signe du naturaliste des Lumières Alexander von Humboldt et du romantisme allemand, un huis-clos où il peut observer de très près, non sans une pointe de nostalgie, le mystère de la vocation et les effets d' un amour quasi-religieux pour les inépuisables beautés de la nature.

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