les yeux d'oc

Entre les frontières

Entre les frontières

Bein gderot

Aux portes d’Israël, dans le désert du Néguev, des migrants africains attendent un improbable visa pour la terre promise. Avi Mograbi filme un atelier de théâtre proposé aux migrants internés au camp de Holot. L’atelier a été imaginé et mis en scène par Mograbi, le metteur en scène Chen Alon et des citoyens israéliens, sur le modèle du Théâtre de l’opprimé théorisé par le dramaturge brésilien Augusto Boal. Cette méthode invite chaque participant à mettre en scène son vécu, à travers l’expression des sensations et des souvenirs, pour décoder la réalité, retrouver confiance en soi et inventer des moyens d’action. C’est ainsi que les migrants d’Afrique subsaharienne racontent leur calvaire pour arriver à pied, par l’Égypte, aux frontières de l’État hébreu, seule oasis pour ces hommes qui n’ont pas pu/voulu tenter le grand voyage vers l’Europe. Soudanais, Erythréen, Israélien, chacun joue à tour de rôle l’opprimé et l'oppresseur, le demandeur d’asile, le despote, le soldat. Au fil des scènes, la situation absurde créée par l’impossibilité pour Israël de chasser les migrants (le pays a ratifié la convention de 1951 relative au statut des réfugiés) et son refus viscéral de les laisser entrer, au nom de la nécessité de maintenir coûte que coûte la notion d’État Juif, apparaît de plus en plus insupportable. Principalement braquée sur le vaste hangar désaffecté où a lieu l’atelier théâtral, la caméra en sort parfois pour filmer le camp de rétention et confronter la réalité à la fiction. Dans la « vraie vie », les migrants n’ont pour ligne d’horizon qu’un paysage désertique, entre les clôtures. L’État fait son possible pour les convaincre de repartir de leur plein gré, en les soumettant à des contrôles tatillons quotidiens. Avec l’aide d’activistes israéliens, des actions juridiques sont portées jusqu’à la Cour suprême qui décide, en 2015, de réduire la rétention à 12 mois. En application de la loi, plusieurs centaines de migrants sont relâchés. Supposés libres, ces hommes ont toutefois interdiction de se rendre dans les villes. Nouvelle incarnation du juif errant, ils sont condamnés à rester derrière la clôture ou à reprendre la route en regrettant, ultime coup du sort, les maigres avantages du camp de Holot.

À découvrir également