Un village en résistance
Un paese di resistenza
En 2016, le film Un village de Calabre (Un paese di Calabria) racontait la renaissance de Riace, un village calabrais d’abord vidé par l'exode rural et repeuplé grâce à l'accueil de réfugié·es kurdes échoué·es sur ses côtes. Sept ans après, les deux cinéastes reviennent pour filmer le revers : Un village en résistance (Un paese di resistenza) raconte l'acharnement judiciaire qui a visé Domenico Lucano, maire de Riace pendant quatorze ans, désormais poursuivi pour sa politique d'accueil des personnes exilées.
Dans les ruelles étroites de Riace, Daniel, réfugié originaire du Ghana, faisait la collecte des ordures à dos d'âne. Cette tâche, encore précédemment aux mains de la 'Ndrangheta, organisation mafieuse de Calabre, est désormais organisée par la coopérative locale L’Aquilone. Cela situe les transformations profondes de cette commune sur les trente dernières années. Depuis l'échouage en 1998 d'une embarcation transportant des réfugié.es kurdes, le petit village de deux mille habitant.es de Riace avait fait de l'accueil des exilé·es une politique de revitalisation à part entière. En rouvrant l'école et les commerces et en ouvrant des ateliers de céramique et de tissage, il était devenu un modèle politique international. Domenico Lucano, maire depuis 2004, en était la figure centrale, et le film en fait aussi son héros, suivant sa trajectoire, qui s’entremêle à celle du village.
Face à la lumière chorale du premier volet, la mise en scène de Shu Aiello et Catherine Catella se fait maintenant plus sombre et plus statique, à l'image de la communauté du village qui retient son souffle. En juin 2018, l'arrivée de Matteo Salvini au ministère de l'Intérieur italien et sa politique des « ports fermés » change la donne pour Riace, désormais érigée en repoussoir. Lucano est arrêté en octobre, assigné à résidence, interdit de séjour dans son propre village et destitué de ses fonctions de maire. Le film raconte ce moment de bascule à la manière d’une fable amère : l'homme qui avait démontré qu'une politique d'accueil pouvait relancer un territoire devient, du jour au lendemain, la cible de l’État.
En 2021, le tribunal de Locri le condamne à treize ans et deux mois de prison, pour association de malfaiteurs, escroquerie et abus de pouvoir, une peine à la mesure de celles réservées aux cadres des organisations mafieuses. Que la cour d'appel ait abandonné de nombreux chefs d’accusation en 2023, le tournage étant déjà terminé, ne change rien à ce qu’Un village en résistance aura montré entre-temps : une administration peut méthodiquement démanteler un modèle de solidarité qui, pourtant, fonctionnait.