les yeux d'oc

La Mort du dieu serpent

La Mort du Dieu Serpent

Koumba, jeune Sénégalaise en colère, est expulsée de France. Comme ça. Pas vraiment comme ça en fait, car la brutalité de l'événement est la conséquence d'une situation et d'une action. La situation est celle d'une descendante d'une famille immigrée vivant légalement en France, peu au courant des lois régissant sa présence sur le territoire français, peu au courant de ses droits. À sa majorité, elle ne fait pas les démarches lui permettant d'acquérir la nationalité française. L'action est celle d'une jeune femme turbulente, qui un jour se fait rattraper par la justice, pour une altercation de trop. Du jour au lendemain, elle se retrouve dans le village de ses ancêtres au Sénégal. Damien Froidevaux, après un court métrage traitant déjà des ennuis judiciaires des jeunes immigrés, est en 2008 à la recherche d'une personne ayant le profil de Koumba pour un projet de long métrage. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, Koumba et Damien se rencontrent au Sénégal et s'entendent : le tournage commence et il va se poursuivre pendant plusieurs années au rythme des visites de Damien en Afrique. Par la magie du cinéma, au-delà des moments de doute et de difficultés qui mettent régulièrement en danger le fragile projet, les spectateurs que nous sommes assistent à une envoutante métamorphose, une mue qui s'opère dans la douleur. La jeune Koumba commence par rejeter l'Afrique de toutes ses forces, elle invective, elle crache son venin et son mépris, elle veut rentrer chez elle, à Paris. Le temps passant, elle donne naissance à deux enfants, un fils et une fille qui meurt mystérieusement. Elle s'acclimate à son environnement, s'habille élégamment de couleurs chatoyantes, elle devient belle, elle pense à l'avenir. La relation avec Damien est toujours "polluée" par la quête des papiers, mais le désir de rentrer baisse petit à petit d'intensité. Le mirage de Paris se dissipant et l'envie de vivre gagnant du terrain, c'est Dakar qui devient le nouveau but, Dakar et le jeune Ladji, son enfant qui grandit. Au-delà du sujet et de ses implications politiques et sociales, le film est avant tout un magistral portrait de femme en devenir.

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