les yeux d'oc

En route pour le milliard © Laterit Distribution

En route pour le milliard

En République démocratique du Congo, les membres de l’Association des victimes de la Guerre des Six Jours de Kisangani se battent depuis 20 ans pour la mémoire de ce conflit. Excédés par l'indifférence des institutions à leur égard, ils décident de se rendre à Kinshasa pour faire entendre leur voix.

Originaire de Kisangani, Dieudo Hamadi vit depuis longtemps avec le souvenir de cette guerre “oubliée”, qui a vu s’affronter en juin 2000 les armées rwandaises et ougandaises. Pendant six jours, aux mêmes dates que la première Guerre des Six Jours, qui avait opposé en 1967 Israël à ses voisins arabes, la population civile de Kisangani a subi des bombardements massifs, la destruction des habitations et édifices publics, les assassinats et les mutilations. Les survivants se sont regroupés en association pour faire valoir leurs droits à réparation et demander la construction d’un mémorial.

Au moment où Dieudo Hamadi réalise Maman Colonelle, l’association vient rendre visite à la colonelle Honorine Munyole, chargée de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Le projet d’un futur film naît à cette occasion et se concrétise lorsque l’association décide d’aller revendiquer ses droits à la capitale, Kinshasa. Le voyage de six semaines, 1734 Kms sur le fleuve Congo dans une embarcation plus proche du Radeau de la Méduse que d'un bateau de croisière, est en lui-même une aventure. Chacun se révèle avec ses espoirs et ses moments de doute, le documentariste doit faire ses preuves, convaincre de sa sincérité pour se fondre dans le collectif. Au terme du voyage, Hamadi ne recule pas, ne cherche pas à embellir ni à tromper. Kinshasa, ville bouillonnante de 14 millions d’habitants, est indifférente aux cris de douleur et aux protestations des victimes. Sous l’œil de la caméra, les protestataires se heurtent au désintérêt de la classe politique, qui a déjà classé l’affaire.

Une bataille perdue, certes, mais le film, à travers de beaux portraits d’hommes et de femmes et d’émouvants extraits d’un spectacle scénique, a atteint son but : montrer la force du groupe et son envie de continuer à exister, malgré les obstacles qui se dressent sans cesse sur sa route.