les yeux d'oc

Nos jours, absolument, doivent être illuminés © Alter Ego Production

Nos jours, absolument, doivent être illuminés

Orléans, le 28 mai 2011. Des détenus chantent à l’intérieur de la prison. De l’autre côté du mur, des personnes écoutent. Emportés par la musique, les visages des auditeurs venus pour l’occasion s’illuminent et livrent à la caméra autant d’histoires possibles.

À l'initiative du collectif Mixar, une association organisant des installations urbaines artistiques, Jean-Gabriel Périot prend les rênes d’un projet culturel avec le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de la Maison d'arrêt d’Orléans. L'idée d’un concert sonorisé pour un public en dehors des murs de la prison est validée par l’administration. Deux chœurs de prisonniers s’engagent alors aux côtés du réalisateur ; ils souhaitent d’abord profiter de cette tribune musicale pour attirer l’attention sur leurs conditions de détention, en privilégiant un répertoire rap et des textes chocs. Mais le groupe change d’avis : l’un des hommes formule le souhait d'adresser à sa femme une chanson d’amour, argumentant que la prison, elle connait déjà. Tous optent alors pour des chansons populaires et décident d’oublier la rage pour faire vibrer la beauté et la passion.

De cette performance ont été conservées des images, tournées pour que les détenus aient une trace de la réception du concert. Dès le visionnage des rushes, un film est né. Le cinéaste avait demandé aux opérateurs de filmer en gros plans les visages des spectateurs, le plus longtemps possible. On peut donc distinguer les moindres expressions, mouvements ou tressaillements sur ces visages et laisser l’imaginaire prendre le relais. Que viennent faire là cet homme, cette vieille dame ou ce jeune garçon ? Quels liens entretiennent-ils avec les chanteurs ? Une empathie naît pour ces artistes de l’ombre, comme si la séparation et le manque devenaient palpables par l’intermédiaire du dispositif scénique laissant les prisonniers invisibles. Et quand les voix des prisonniers s'unissent à celles du public, chaque interprète se reflète dans les visages des auditeurs.

Avec ce court métrage direct et nuancé, Jean-Gabriel Périot n’assène pas son point de vue sur la privation de liberté ni sur les modalités d’application des peines, il invite à réfléchir sur l’enfermement et, par là même, crée une passerelle éphémère intense en émotions entre intérieur et extérieur de la prison.

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