les yeux d'oc

Sing me a song © Nour Films

Sing me a song

Le jeune moine bouddhiste Peyangki vit et étudie dans un monastère traditionnel au Bhoutan. Au pays du bonheur, l’arrivée récente d’Internet entraîne d’importants bouleversements. Les rituels quotidiens des moines entrent en concurrence frontale avec la nouvelle addiction aux smartphones.

À la fin des années 2010, près de 600 000 Bhoutanais, sur les 750 000 habitants que compte ce royaume d’à peine 40.000 km² enclavé entre la Chine et l’Inde, sont inscrits sur les réseaux sociaux. Une révolution dans ce pays où, vingt ans plus tôt, il n’y avait ni routes, ni télévisions. Au Bhoutan comme partout ailleurs, Internet ouvre de nouveaux espaces de liberté dans lesquels il est possible de s'affranchir des contraintes de la vie quotidienne et de profiter de moyens de communication amplifiés: découverte de l’inconnu, abolition de la distance, opportunité de se faire des amis à travers les frontières. Toutefois, cette absence de limites perturbe l’ordre social ; elle permet la réception, directe et sans filtres, d’idées et d’images venues de l’extérieur, elle intensifie certains troubles du comportement ou de l’attention. "Sing me a song" observe le rapport de fascination et de répulsion que nous entretenons avec le virtuel, dans le contexte d’un pays de tradition séculaire qui s’ouvre à la modernité. Il donne à voir de spectaculaires paradigmes visuels : ici, des jeunes filles se divertissent devant des vidéos de décapitation, là des moines pratiquent la méditation sans quitter des yeux l’écran de leurs smartphones.

Thomas Balmès a rencontré Peyangki, alors âgé de huit ans, sur le tournage du film Happiness, dans lequel il accompagnait les derniers jours d’une communauté villageoise, juste avant l’arrivée de la télévision. Il retrouve son personnage dix ans plus tard, lorsque celui-ci se prépare à quitter le monastère pour rejoindre la ville où il espère retrouver une jeune chanteuse rencontrée sur WeChat. Le réalisateur met en scène son sujet comme un conte philosophique, auquel se mêlent quelques éléments de comédie romantique. Nouveau Candide tenté par le mirage des univers virtuels, Peyangki, s’il cède à ses addictions aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux, ne semble pas pour autant dévier de son chemin spirituel. Thomas Balmès filme une étape cruciale de sa vie, celle de la fin de l’adolescence. Dans ce récit initiatique si singulier, le jeune moine n’a-t-il pas le devoir de se confronter au monde extérieur avant de choisir de s’isoler dans une vie d’ascèse ?

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Pour aller plus loin, lire le dossier de presse du film. ©Nour films 

 

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