les yeux d'oc

Arguments © Olivier Zabat

Arguments

L’ouverture est volontairement mystérieuse. Au milieu d’un paysage bucolique, tel qu’on n’en trouve qu’en Écosse, un homme parle à son chien. Un autre psalmodie dans un micro une vague confession où il est question de péchés et de faiblesses. Dans « Arguments », il va être question de voix et d'espaces, à travers l’expérience sensible de participants venus de toute l’Europe à l’invitation d’un couple britannique, Ron Coleman et Karen Taylor. Le cinéaste Olivier Zabat a noué des liens avec une communauté affiliée à Intervoice, le Mouvement international sur l’entente de voix. Depuis les années 1980, ses membres se sont éloignés de la psychiatrie traditionnelle dans la mesure où ils n’associent pas les voix au symptôme d'une maladie, mais les envisagent comme signifiantes de la diversité de l’expérience humaine. De la même manière, Olivier Zabat refuse d’aborder ses personnages à travers un diagnostic psychiatrique, il cherche à représenter le vécu de leurs voix persécutrices à travers de nombreux plans-séquences de dialogues, très denses, et de dispositifs d’enregistrement sonore de la parole. Cette parole est spatialisée, théâtralisée, chantée, clamée. Le collectif permet d'apaiser, de comprendre, d’accompagner. Faire entendre sa voix en tant qu'entendeur de voix, c'est donner un contrepoint à l'image de la folie. Les voix sont perçues comme une preuve d’hypersensibilité, une réaction à des systèmes d’oppression contemporains qui réduisent peu à peu toutes les minorités : femmes, Afro-américains, personnes LGBTQ, fous et marginaux... Des échanges se tiennent sur la différence entre stigmatisation et discrimination, le rejet de la différence pour la norme, la tentation d’éradiquer ou de rendre invisibles ceux que l'on ne souhaite pas voir. Ce sont pourtant les voix qui demeurent invisibles et immatérielles. Dans une réflexion autour du réel, Ron Coleman compare la psychiatrie à la magie, car cette dernière est une passerelle entre le monde de l'illusion et la réalité. Il pose ainsi la question centrale du film : les voix sont-elles l'illusion qui coupe ces personnes de la réalité ou donnent-elles accès à une réalité transcendantale ? La voix se révèle comme une matière plastique et profondément cinématographique. Des scènes-clés du film, notamment le dialogue entre Déborah et Mélanie, révèlent cette capacité du cinéma à représenter l'absence. Il y a un hors champ du film, celui du domaine de l'inconscient. Horizon abyssal, menaçant, fascinant.

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