les yeux d'oc

Selfie

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Loin de la baie de Naples et des splendeurs du centre historique, Traiano, quartier excentré à l'ouest de la ville, vit sa vie de banlieue pauvre parfois calme, parfois agitée. En septembre 2014, pendant une nuit mouvementée, un adolescent en scooter a été abattu par un policier, croyant avoir affaire à un criminel en fuite. Cette bavure est restée impunie. Agostino Ferrente a lié connaissance avec deux amis de la victime, Alessandro Antonelli et Pietro Orlando, deux garçons de 16 ans qui forment un duo cinématographique détonnant: l'un est fluet, blond et tout pâlichon, l'autre est obèse, moustachu et très brun. Tous deux sont sans travail ou presque, sans argent ou presque, mais s'effraient de voir leurs amis manier des armes et vendre de la drogue, sous la coupe de la mafia locale. Recrutés comme caméramen par le réalisateur, ils ont pour mission de se filmer et de filmer leur vie quotidienne à l'aide de téléphones portables, dispositif inédit qui donne des ailes aux deux garçons, soudain impatients d'imaginer le scénario de "leur" documentaire. Alessandro ne veut montrer que les belles choses, l'amitié, les rires, les après-midis à la plage, Pietro cherche le réalisme, la vraie vie du quartier, quitte à filmer la reconstitution d'une course-poursuite avec coups de feu et ambiance western. Il n'est pas si facile de s'improviser réalisateur, même quand on a 16 ans, des rêves et un appétit de vivre qui explose dans chaque plan. L'expérience n'ira pas jusqu'à son terme, car à la fin du tournage Agostino Ferrente reprend la main, signe le montage et la réalisation. Alessandro et Pietro n'ont donc pas fait le film, ce qui donne aux images un statut un peu ambigu, mais ils ont montré mieux que personne la façon dont jeunesse se passe et trépasse, dans un quartier dit difficile de la cité napolitaine.

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