les yeux d'oc

Blue Boy

Blue Boy

Sept jeunes hommes isolés dans un bar désert avec, pour seule compagnie, une équipe de tournage et le son de leur propre voix. Le dispositif permet au spectateur de scruter tous les micro-mouvements qui traversent leur visage, et c’est bien tentant : que pense tel garçon lorsqu’il s’entend rejouer la façon dont il racole ses clients ? Que ressent tel autre en entendant son propre récit d’une rencontre avec un homme plus âgé alors qu’il n’avait que seize ans ? Les scènes racontées par ces escort boys nous plongent dans leur réalité secrète, mais une fois de plus, rien n’est plus intime que les visages eux-mêmes. Selon les cas, ils semblent adhérer plus ou moins aux propos entendus, livrés en allemand ou en roumain : ils paraissent tantôt fiers, tantôt amusés, tantôt troublés. En scindant son et image, le cinéaste place ses sujets dans une position inconfortable et les protège tout à la fois. Métaphore exacerbée de la relation triangulaire entre filmeur, filmé et spectateur, "Blue Boy" est aussi ambigu que les hommes qu’il nous fait rencontrer, oscillant entre la froideur d’un rapport contractualisé et un intérêt bienveillant pour autrui. Mais si Manuel Abramovich magnifie en fin de compte ceux qu’il filme, c’est parce qu’il sait leur rendre toute leur complexité, préserver un mystère qui ne fait que s’épaissir au moment du générique de fin. (Extrait du catalogue Cinéma du réel 2019)