les yeux d'oc

Like Dolls I'll Rise

Like Dolls, I'll Rise

Des années 1840 à 1940, aux États-Unis, des Afro-Américaines anonymes ont fabriqué des poupées de tissu pour leurs propres enfants ou pour les enfants blancs qu'elles gardaient. Ces poupées noires ont été rassemblées au fil des années par l’avocate américaine Deborah Neff, dont la collection compte environ 400 specimens, émouvants témoignages d’un art populaire très éloigné de la froide perfection des produits manufacturés. La Maison rouge, galerie d’art du quartier de la Bastille, à Paris, a accueilli en 2018 l’exposition «Black Dolls», mise en espace de 200 poupées de la collection Neff, présentées pour la première fois hors de leur pays d’origine. Nora Philippe, commissaire de l’exposition, a réalisé à cette occasion le film «Like Dolls, I’ll Rise», non pour documenter la présentation éphémère des poupées, mais avec la visée plus politique de donner à ces objets silencieux une voix. C’est ainsi qu’un groupe d’Afro-américaines interprète une série de textes connus, de «Ain’t I a Woman ?» (1851), de Sojourner Truth à «Still I Rise» (1983), de Maya Angelou. Chaque lectrice a fait le choix du texte qu’elle désirait porter à l'écran et le récite, en anglais, face caméra. Ces paroles, douloureuses mais aussi militantes, deviennent à la fois les voix possibles de celles qui fabriquèrent ou jouèrent avec les poupées mais aussi, plus métaphoriquement, les voix des combats pour sortir de l’invisibilité sociale, dans une nation où les Américaines d’origine africaine furent deux fois discriminées. Cette lutte contre la disparition vient rappeler et saluer la survivance miraculeuse des fragiles morceaux de tissus que sont les poupées.