les yeux d'oc

Le Saphir de Saint-Louis

Le Saphir de Saint-Louis

C’est dans la chapelle des ex-voto marins de la cathédrale Saint-Louis, à La Rochelle, que l’on peut contempler le tableau qui témoigne de la tragédie que connut Le Saphir, en 1741. Cette goélette négrière, immobilisée pendant des jours et des jours dans les eaux intertropicales par manque de vent, transportait 271 esclaves et 30 membres d'équipage, condamnés à mourir de faim. Ce petit tableau ouvre sur la grande Histoire et le rôle de premier plan joué par le port de La Rochelle dans le commerce triangulaire, activité lucrative.à laquelle participaient de nombreux corps de métier : petits commerçants, négociants, armateurs, fabricants de voiles, tonneliers, notaires. Il est aussi l'un des rares vestiges dans la ville de ce passé esclavagiste parfaitement assumé au 18e siècle, puis progressivement oublié.« Dans "Le Saphir de Saint-Louis", le Catalan José Luis Guerín circonvient brillamment l’objet imposé de son court film de commande, la morne cathédrale de La Rochelle, pour en saisir, en scruter au plus près et en anamorphoser un infime détail, qui renvoie l’édifice et la ville à la part mal assumée de leurs fondations: un ex-voto médiocre représentant un navire négrier en perdition en 1741, dont l’histoire est prétexte pour la caméra à renverser la nef, la filmer sous la lumière censément divine telle la cale insalubre du bateau où croupissaient les produits humains du commerce triangulaire - et le film de commande de se muer ainsi avec une tranquillité joyeuse en film de pirates. » Julien Gester, Libération, 13 nov. 2015