les yeux d'oc

  • Aisheen (Still alive in Gaza), Nicolas Wadimoff

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

La Mort du Dieu Serpent

Damien Froidevaux, 2014, 91 min

Koumba, jeune Sénégalaise en colère, est expulsée de France. Comme ça. Pas vraiment comme ça en fait, car la brutalité de l'événement est la conséquence d'une situation et d'une action. La situation est celle d'une descendante d'une famille immigrée vivant légalement en France, peu au courant des lois régissant sa présence sur le territoire français, peu au courant de ses droits. À sa majorité, elle ne fait pas les démarches lui permettant d'acquérir la nationalité française. L'action est celle d'une jeune femme turbulente, qui un jour se fait rattraper par la justice, pour une altercation de trop. Du jour au lendemain, elle se retrouve dans le village de ses ancêtres au Sénégal. Damien Froidevaux, après un court métrage traitant déjà des ennuis judiciaires des jeunes immigrés, est en 2008 à la recherche d'une personne ayant le profil de Koumba pour un projet de long métrage. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, Koumba et Damien se rencontrent au Sénégal et s'entendent : le tournage commence et il va se poursuivre pendant plusieurs années au rythme des visites de Damien en Afrique. Par la magie du cinéma, au-delà des moments de doute et de difficultés qui mettent régulièrement en danger le fragile projet, les spectateurs que nous sommes assistent à une envoutante métamorphose, une mue qui s'opère dans la douleur. La jeune Koumba commence par rejeter l'Afrique de toutes ses forces, elle invective, elle crache son venin et son mépris, elle veut rentrer chez elle, à Paris. Le temps passant, elle donne naissance à deux enfants, un fils et une fille qui meurt mystérieusement. Elle s'acclimate à son environnement, s'habille élégamment de couleurs chatoyantes, elle devient belle, elle pense à l'avenir. La relation avec Damien est toujours "polluée" par la quête des papiers, mais le désir de rentrer baisse petit à petit d'intensité. Le mirage de Paris se dissipant et l'envie de vivre gagnant du terrain, c'est Dakar qui devient le nouveau but, Dakar et le jeune Ladji, son enfant qui grandit. Au-delà du sujet et de ses implications politiques et sociales, le film est avant tout un magistral portrait de femme en devenir.

Portrait

Harun Farocki (1944-2014)

Libérer (sans relâche) le regard et désirer (ardemment) transmettre

« Il faut être aussi méfiant envers les images qu’envers les mots. Images et mots sont tissés dans des discours, des réseaux de significations. […] Ma voie, c’est d’aller à la recherche d’un sens enseveli, de déblayer les décombres qui obstruent les images ». H. Farocki

 

Ainsi parlait Harun Farocki de son travail. Ce projet, cette  volonté s’est exprimée dans le cinéma et la vidéo, des installations, des écrits en prenant pour matériaux les photographies, les images d’archives, de communication, de marketing, les jeux vidéo, le flux des images sur internet, les technologies de vidéosurveillance,  « les armes intelligentes » qui se substituent à l’œil humain sur le terrain des opérations militaires. Ainsi Harun Farocki nous aide-t-il à lire le XXème et le début du XXIème avec un regard critique reposant sur la distanciation, la construction-déconstruction, l’assemblage-réassemblage, un art du montage vécu et agi comme une « pensée gestuelle ». Dans cette voie, exigeante et engagée, Farocki ne s’est jamais départi d’un souci de pédagogie, de partage, « d’une communauté qui vient ». Son œuvre, à la fois poétique politique et théorique, travaille au plus près la lisibilité des images en les dégageant des boues de l’instrumentalisation. Ainsi nous apprend-t-elle à décoder le monde contemporain et ses rouages et, par-là même, à y trouver une liberté.

 

Harun Farocki, né en 1944 d’un père indien et d’une mère allemande, laisse une œuvre considérable de plus de cent-vingt films et installations réalisés de 1966 jusqu’à sa mort en 2014. S’y ajoutent de nombreux écrits sur le cinéma et les média. Il entre en 1966 à l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin récemment créée (la DFFB) où il deviendra plus tard professeur et participera aux scénarios des films de son ancien élève et ami Christian Petzold. Le large spectre, l’empan de ses investigations cinématographiques traquent et autopsient les apparences en allant du film militant au court-métrage pour enfants en passant par la dénonciation-décryptage des mécanismes de guerre et du médium cinéma. Farocki considérait Jean-Luc Godard comme une référence, une vigie, un éclaireur. Tous deux donnent à chacun de leurs films une dimension théorique.

 

Cinq films pour appréhender l’intelligence en marche du travail d’Harun Farocki :

En comparaison

En sursis

Nature morte

Les Ouvriers quittent l'usine (aka La Sortie d'usine)

Un nouveau produit

 

Prochainement