les yeux d'oc

  • Aisheen (Still alive in Gaza), Nicolas Wadimoff

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Hinterland

Marie Voignier, 2009, 49 min

Au début du film, on découvre une immense ogive de 66 000 m2 aux allures de vaisseau spatial. Erigée en 1999 par une société qui voulait se lancer dans le transport de marchandises en ballons dirigeables, l'immense capsule a été construite sur un ancien site militaire construit dans les années 1930. Après 1945, ce site devint le plus grand aéroport soviétique de RDA ; il servit de base à l'Armée rouge jusqu'en 1993. Puis, un ingénieur malaisien rachète la structure pour y abriter un parc de loisirs : une île tropicale, avec sa forêt composée de six cent espèces végétales, son lagon à 30 °C, ses chutes d'eau et ses villages reconstitués. Pour assurer le bon fonctionnement de cette « usine à rêves », cinq cents employés œuvrent 24h/24 et 365 jours par an. A deux pas de là, dans le petit village est-allemand de Krausnick sur lequel est implanté le site, les habitants racontent : l'occupation soviétique, l'enfermement dans un pays aux frontières bouclées, les vacances aux destinations imposées, la dislocation de la RDA, le départ des Soviétiques, l'arrivée brutale du capitalisme, la xénophobie ordinaire. « Sur quelques kilomètres carrés, explique Marie Voignier, se trouvait résumée une bonne partie de l'histoire est-allemande. Ce territoire a traversé tous les contrastes historiques et les contradictions politiques des soixante dernières années. »

Filmo

Volker Koepp, à l'est de l'Europe

Volker Koepp est l’un des grands documentaristes allemands contemporains.

Trois de ses films sont à découvrir sur Les yeux doc :

Fleurs de sureau (Holunderblüte), réalisé en 2007, Grand Prix du festival Cinéma du réel 2008

Berlin-Stettin, 2009

En Sarmatie (In Sarmatien), 2013

Les lieux traversés par l’Histoire sont au centre de son travail. Sa ville de naissance, Stettin, agglomération située à 70 kilomètres de Berlin, a sans aucun doute influencé ce choix. Autrefois prussienne et ayant appartenu au Duché de Poméranie, des noms aujourd’hui disparus, la ville a été rattachée à l’empire allemand jusqu’en 1945, avant de devenir polonaise après-guerre.

Voyage chez les gens de l'Est

Les trois films forment un grand voyage, entre Mer baltique et Mer noire, un état des lieux de ces régions ou pays, aux frontières si souvent bouleversées : Stettin en ex- Allemagne de l’est, le territoire de la Sarmatie (qui recoupe des parties de la Pologne, la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie) et Kaliningrad, enclave russe au bord de la Baltique.

Dans Berlin-Stettin, les ouvriers parlent de leur condition de travail en RDA (comme on l’appelait alors) et comparent leur vie passée avec leur situation actuelle. Le réalisateur mêle ses souvenirs du « bloc socialiste » aux leurs. Volker Koepp filme depuis les années 1970 les habitants de ces régions. Il aime dialoguer avec les gens rencontrés, les retrouver et les filmer à nouveau des années plus tard, avec une attention très forte portée aux évolutions sociales.

Avec En Sarmatie, il se tourne vers les jeunes générations, écoute leurs attentes, capte leur enthousiasme qui les entrainent à se déplacer enfin librement. Il fait comprendre les brassages de culture et fait entendre la multiplicité des langues parlées : l’allemand, le russe, le polonais ou l’ukrainien.

Fleurs de sureau est un hommage à la jeunesse. Volker Koepp consacre son film aux enfants de la troisième génération nés dans l’oblast de Kaliningrad, entre Pologne et Lituanie, où la durée de vie d’un homme est de 55 ans.

Là vécurent des Allemands pendant des siècles. Ils ont été chassés de la région en 1945 au moment où celle-ci a été partagée entre la Pologne et l’URSS. Des gens de toute l’Union soviétique sont venus s’y implanter. Dans le village de Gastellovo, un groupe d’enfants grandit, à l’abandon, comme le village et la région. Il n’y a pas de travail. Volker Koepp filme les enfants, à l’écoute de leurs rêves. Leurs visages sont lumineux, magnifiques, formant un contraste cruel avec les adultes entrevus, leurs traits ravagés par l’alcool.

Koepp filme à merveille les paysages de l’ancienne RDA et de la Prusse orientale. Sa caméra caresse les grandes plaines, les fleuves, transforme les ciels chargés de nuages gris-blanc, les champs aux couleurs sombres en de somptueux tableaux.

Il poursuit son œuvre cinématographique, toujours attaché à ce territoire entre Berlin et la mer Baltique. Parti à la rencontre d’agriculteurs et d’écologistes, il a achevé en 2016 un nouveau film Landstück (Un coin de terre). Plus récemment, son film Wierderkehr a rendu hommage à l'écrivain Johannes Bobrowski dont on fêtait en 2017 le centenaire de la naissance.

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