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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Demons in Paradise

Jude Ratnam, 2018, 94 min

S'estimant victimes de ségrégation et de violences de la part de la majorité cinghalaise bouddhiste du Sri-Lanka (ex-colonie britannique de Ceylan), les Tamouls, minorité hindouiste de l'île, ont pris les armes en 1972, déclenchant onze ans plus tard une guerre civile qui a officiellement pris fin en 2009, avec un bilan de plus de 100.000 morts, plusieurs centaines de milliers de réfugiés tamouls et le souvenir pesant des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis de part et d'autre. Les journalistes et observateurs étrangers n'étant pas les bienvenus au Sri-Lanka depuis la fin de la guerre, le travail de Jude Ratnam, rescapé du massacre de juillet 2003 où 3000 civils tamouls ont perdu la vie, est particulièrement précieux. D'un traumatisme d'enfance, Ratnam avait cinq ans en 1983, est né un furieux besoin de faire reculer la peur en convoquant, non la vérité officielle, partielle et partiale, mais les vérités de ceux qui ont stigmatisé par leurs actes ou leur silence une partie de la population et de ceux qui ont tenté de façon jusqu'au-boutiste de construire un état tamoul, séparatiste et ethniquement pur, dans le nord du Sri-Lanka. Ce besoin passe par le cinéma, une évidence pour le cinéaste : "J’ai passé de longs mois à me demander comment enrayer ce processus inéluctable. Comment atteindre un être là où il est sensible, comment toucher son émotion autant que son intelligence ? Mon amour du cinéma, comme spectateur et comme étudiant en communication, m’est apparu un jour comme une évidence. Je devais faire des films." Fort de ce projet cinématographique auquel il veut donner une dimension cathartique, Ratnam rassemble des témoignages de Tamouls et de Cinghalais. La plupart sont filmés de nuit car le gouvernement sri-lankais impose le silence et pêche l'amnésie. Personnage central du film, l'oncle de Jude Ratnam est revenu du Canada pour rencontrer les voisins cinghalais de son village, qui l'ont caché avec toute sa famille au moment du pogrom. Dans cette scène de retrouvailles, vibrante d'émotion retenue, le film atteint enfin son acmé : à travers la terreur et la nuit, il semble possible de trouver une voie vers la réconciliation.

Thématique

L'Eau, lutter pour survivre

L’eau permet la vie sur terre. Sans eau rien ne pousse, tout devient désert, hostile. Ni humanité, ni faune, ni flore.

L’eau est souvent la muse des poètes quand elle tombe en gouttes (« ô bruit doux de la pluie) ou fait « des claquettes sur le trottoir à minuit ». L’eau est un bien précieux qui a sa journée mondiale le 22 mars.

L’eau a ses sourciers, ses sorciers, ses sources, ses fontaines, ses fleuves et ses mythes, sa mémoire et ses tragédies. L’eau irrigue tous les récits du monde de toutes les civilisations du Gange au Styx, du Tigre au Rhin, du Mississippi au Nil.

La terre vue d’en haut, de très haut est essentiellement composée d’eau. C’est la planète bleue où dominent les océans dont le niveau monte avec le réchauffement climatique. Banquise, icebergs et glaciers fondent inexorablement tandis que les mers du globe sont colonisées par un sixième continent constitué par les plastiques. Dans les océans naissent notamment deux courants : le Gulf Stream et El Niño qui jouent un rôle fondamental dans le climat et son dérèglement.

L’eau, élément vital, peut être une force destructrice. Que font celles et ceux qui sont confrontés à une catastrophe toujours possible, au cycle des moussons qui emportent tout sur leur passage ?

 

Deux films proposés dans Les yeux doc sont construits autour du problème de l’invasion des eaux, de la lutte qu’il faut mener pour ne pas être engloutis. Les causes environnementales des phénomènes ne sont pas directement abordées. Aucun discours climatologique ou écologique n’entrave le cours des images. Ces deux documentaires saisissent les protagonistes dans le temps de leur engagement face aux éléments, dans la lutte qu’ils sont obligés de mener pour survivre.

 

Shunte ki pao ! Are you listening ! réalisé par le cinéaste bengali Kamar Ahmad Simon, Grand Prix à Cinéma du Réel en 2013, est une ode à la persévérance des familles du littoral du Bangladesh qui ont tout perdu dans un raz-de-marée en 2009 et qui, inlassablement, construisent des digues pour faire obstacle à la montée des eaux, aux tempêtes et aux inondations. Sans l’aide gouvernementale, promise mais qui jamais n’arrive, la collectivité se serre les coudes. Parmi cette communauté qui se bat pour les terres et contre l’eau, qui construit sans relâche des barrages contre les courants du golfe du Bengale, Kamar Ahmad Simon choisit une famille, celle de Rakhi, Soumen et Rahul, leur fils. Le père n’arrive plus à nourrir sa famille, la mère institutrice espère un avenir pour Rahul. Filmé en cinéma direct, Shunte ki pao !  réussit à faire coïncider, à se répondre le destin d’une communauté avec ses héros collectifs et celui d’une famille avec ses héros individuels.

 

Jours de pluie / Tage des Regens, premier long métrage du réalisateur allemand Andreas Hartmann se situe dans un village vietnamien de l’intérieur de terres tout proche du 17ème parallèle, zone très bombardée pendant la guerre et pas encore totalement déminée. Les Lê, une famille d’agriculteurs, sont les protagonistes principaux. Quinh, le fils aîné, est le dédicataire du film. Cette famille a tout perdu dans des inondations. Le film suit la chronologie des péripéties de la construction de leur nouvelle maison de 36 m2 construite par eux-mêmes, en dur, depuis l’attribution par les autorités municipales d’un lopin de terre grâce à une loterie jusqu’aux premiers soubassements. Le chantier, sans cesse empêché par la saison des pluies, doit aussi se conformer au calendrier lunaire qui structure le film en trois parties : « Jour du buffle d’eau », « Jour du tigre », « Jour du chat ». L’action accorde une place non négligeable à la parole d’un vieux sage qui connaît dictons et proverbes, lit les idéogrammes chinois. Figure chamanique il forme avec la grand-mère Tai, centenaire, un duo d’ancêtres à la mémoire d’éléphant. Dès la scène inaugurale le ton du cinéma d’Andreas Hartmann est donné avec une préférence pour la subjectivité qui s’exprime par le récit de Quinh, en voix off,  d’une nuit d’inondation où il sauva in extremis sa grand-mère. Andreas Hartmann accompagne la construction d’une maison qui « comme un enfant grandit dans le ciel » dans un Vietnam où se croisent culte des ancêtres, solidarités, insuffisances du Parti et éreintement à la tâche.

 

Un lien fort unit les films qui, tous deux, se situent en Asie. Malgré les grandes difficultés à surmonter au présent comme dans l’avenir, la lutte contre les catastrophes naturelles qu’il faut sans cesse mener pour survivre,  les deux familles ne veulent pas partir, s’expatrier. Pour Rakhi et Soumen « l’Inde est une illusion ». Quinh, quant à lui, qui tout au long du film endosse et assume son rôle de fils aîné, a le désir d’être médecin pour aider ceux qui, dans son pays, en ont besoin.

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