les yeux d'oc

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

En bataille, portrait d'une directrice de prison

Eve Duchemin, 2016, 58 min

À rebours de la majeure partie des films documentaires tournés en prison, qui se focalisent sur les détenus et les conditions de détention, la réalisatrice d'"En bataille" tourne la caméra vers le hors-champ de l'administration pénitentiaire, hors-champ paradoxal que l'on découvre avec d'autant plus d'intérêt et de curiosité que le directeur de la centrale (située "quelque part" en Picardie) est une jeune femme d'apparence fragile et que l'on devine désabusée. La directrice vit dans un appartement de fonction proche de la prison. La caméra s'y faufile la nuit pour filmer les temps de latence entre deux journées de travail, des heures passées entre la cuisine et les poubelles, et où la cigarette tient lieu de soutien affectif, de rempart contre la perte du lien nécessaire avec la vraie vie. La prison enferme et étouffe tous ceux qui l'habitent, les condamnés comme ceux qui se croient libres. Même Marie, qui s'est forgé un masque de sphynx et un discours parfaitement mesuré, qu'elle prodigue aux détenus et aux collègues de travail dans l'exercice de ses fonctions. Dans ce genre difficile du portrait psychologique, Ève Duchemin fait merveille. Sa formation de chef opérateur lui permet de construire une relation duelle avec les personnes qu'elle filme, souvent sur le fil du rasoir: ici, une directrice de prison en équilibre instable, là une jeune femme incertaine de son avenir ("L'Âge adulte" en 2012)..

Filmo

Volker Koepp, à l'est de l'Europe

Volker Koepp est l’un des grands documentaristes allemands contemporains.

Trois de ses films sont à découvrir sur Les yeux doc :

Fleurs de sureau (Holunderblüte), réalisé en 2007, Grand Prix du festival Cinéma du réel 2008

Berlin-Stettin, 2009

En Sarmatie (In Sarmatien), 2013

Les lieux traversés par l’Histoire sont au centre de son travail. Sa ville de naissance, Stettin, agglomération située à 70 kilomètres de Berlin, a sans aucun doute influencé ce choix. Autrefois prussienne et ayant appartenu au Duché de Poméranie, des noms aujourd’hui disparus, la ville a été rattachée à l’empire allemand jusqu’en 1945, avant de devenir polonaise après-guerre.

Voyage chez les gens de l'Est

Les trois films forment un grand voyage, entre Mer baltique et Mer noire, un état des lieux de ces régions ou pays, aux frontières si souvent bouleversées : Stettin en ex- Allemagne de l’est, le territoire de la Sarmatie (qui recoupe des parties de la Pologne, la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie) et Kaliningrad, enclave russe au bord de la Baltique.

Dans Berlin-Stettin, les ouvriers parlent de leur condition de travail en RDA (comme on l’appelait alors) et comparent leur vie passée avec leur situation actuelle. Le réalisateur mêle ses souvenirs du « bloc socialiste » aux leurs. Volker Koepp filme depuis les années 1970 les habitants de ces régions. Il aime dialoguer avec les gens rencontrés, les retrouver et les filmer à nouveau des années plus tard, avec une attention très forte portée aux évolutions sociales.

Avec En Sarmatie, il se tourne vers les jeunes générations, écoute leurs attentes, capte leur enthousiasme qui les entrainent à se déplacer enfin librement. Il fait comprendre les brassages de culture et fait entendre la multiplicité des langues parlées : l’allemand, le russe, le polonais ou l’ukrainien.

Fleurs de sureau est un hommage à la jeunesse. Volker Koepp consacre son film aux enfants de la troisième génération nés dans l’oblast de Kaliningrad, entre Pologne et Lituanie, où la durée de vie d’un homme est de 55 ans.

Là vécurent des Allemands pendant des siècles. Ils ont été chassés de la région en 1945 au moment où celle-ci a été partagée entre la Pologne et l’URSS. Des gens de toute l’Union soviétique sont venus s’y implanter. Dans le village de Gastellovo, un groupe d’enfants grandit, à l’abandon, comme le village et la région. Il n’y a pas de travail. Volker Koepp filme les enfants, à l’écoute de leurs rêves. Leurs visages sont lumineux, magnifiques, formant un contraste cruel avec les adultes entrevus, leurs traits ravagés par l’alcool.

Koepp filme à merveille les paysages de l’ancienne RDA et de la Prusse orientale. Sa caméra caresse les grandes plaines, les fleuves, transforme les ciels chargés de nuages gris-blanc, les champs aux couleurs sombres en de somptueux tableaux.

Il poursuit son œuvre cinématographique, toujours attaché à ce territoire entre Berlin et la mer Baltique. Parti à la rencontre d’agriculteurs et d’écologistes, il a achevé en 2016 un nouveau film Landstück (Un coin de terre). Plus récemment, son film Wierderkehr a rendu hommage à l'écrivain Johannes Bobrowski dont on fêtait en 2017 le centenaire de la naissance.

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