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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Yaodong

Élodie Brosseau, 2012, 89 min

C’est en Chine, dans la région du Shaanbei, dans la boucle du fleuve Jaune, que sont édifiés les yaodong (maisons-grottes). Ces habitats troglodytes caractérisés par une voûte de plein cintre sont désormais adossés à la montagne et édifiés sans plan d’architecte, selon un savoir-faire transmis oralement. Au rythme des saisons, les étapes de la construction suivent le travail très précis des maîtres tailleurs de pierre, des maîtres menuisiers, des maîtres de Fengshui et des manœuvres. Toutefois, on aurait tort de ne voir dans ce film qu’un document scientifique sur une forme d’habitat remarquable, l’évidente complicité entre l’équipe de tournage et les familles chinoises nous ménagent des moments intimistes et chaleureux. Sur les chantiers ou dans les intérieurs, la réalisatrice Élodie Brosseau, conseillée par l’anthropologue Caroline Bodolec spécialiste du sujet, va tranquillement à la rencontre des artisans et des habitants. À l'écoute de leurs petites ou grandes histoires, et en partageant leurs rituels, peu à peu, par petites touches, se constitue le puzzle d'un instantané de la «culture yaodong» d'aujourd'hui.

Nouvelles du monde

Road-movie latino

 

Quoi de plus naturel que de débuter une traversée de l’Amérique latine aux confins du Chili, dans cette province appelée Patagonie que les adeptes de grande randonnée ont naguère inscrit sur leurs carnets de route. Les touristes s’y pressent aussi, en quête de ce lieu symbolique du bout du monde. Sur ce vaste territoire très peu peuplé (à peine plus qu’en Sibérie), les habitants tentent tant bien que mal de ramasser les miettes du développement économique. Le réalisateur Georgi Lazarevski est allé à leur rencontre, mû par le désir instinctif de découvrir le pays où ses ancêtres yougoslaves ont émigré. De ce retour aux sources est né Zona franca (zone franche), journal filmé de la vie quotidienne de quelques autochtones et d’une grève qui perturba de façon inattendue le voyage bien huilé d’un groupe de touristes.

En remontant vers le nord la longue bande de terre qui forme le Chili, on arrive à la capitale, Santiago, ville d'accueil pour nombre d’artistes, poètes, plasticiens et bien sûr musiciens, qui ont accompagné le pays dans ses moments de liesse comme à ses heures les plus sombres. Mélanie Brun a filmé pendant dix-huit mois la scène musicale d’hier et d’aujourd’hui et rassemblé de nombreuses images d’archives pour son film Il n’y aura pas de révolution sans chansons, hymne à la vitalité de la chanson chilienne qui n’oublie pas son rôle d’ambassadrice de la protestation populaire.

 

Argentine

En remontant encore vers le nord-est et en franchissant la frontière qui sépare le Chili de l’Argentine, on arrive dans la province de Jujuy, au pied des Andes. Autre pays mais luttes similaires, car ici aussi les populations locales sont victimes des gros investisseurs. Inès Compan y a filmé les Amérindiens Kollas, en butte aux manœuvres pernicieuses d’une société minière canadienne, exploitante d’une mine À ciel ouvert, comme l’indique le titre du film. Entre pollution, émanations toxiques, dégradation de l’environnement et corruption généralisée, la province perd peu à peu son caractère rural, malgré la persistance de l’élevage traditionnel de chinchillas, petits rongeurs des Andes à la fourrure très rémunératrice :« Ça, c’est de l’or ! 200 $ le kilo. Et c’est inépuisable » comme le confie un éleveur satisfait à la réalisatrice.

 

Colombie

En suivant vers le nord le tracé de la cordillère des Andes jusqu’à son extrémité, on arrive en Colombie, pays d’origine du cinéaste Nicolas Rincon Gille, dont l’œuvre documentaire s’attache à la reconnaissance des populations indiennes victimes des exactions de l’armée ou des paramilitaires. L’Étreinte du fleuve filme la vie des pêcheurs au bord du fleuve Magdalena, leurs croyances et leurs récits. Une vie tout sauf paisible, car ils sont pourchassés, assassinés, spoliés. Les morts viennent visiter les vivants, les jeunes hommes apparaissent à leurs mères, déterminées à retrouver ces corps sans sépulture, vaine quête mais quête sacrée qu’évoque le court métrage Baisers froids.

Toujours en Colombie, à Bogota, Bagatelle filme le combat inégal entre le glaive de la justice et la vulnérabilité de jeunes gens accusés de délits mineurs. Loin de les aider à s’en sortir, leurs défenseurs conseillent le « plaider coupable », une solution présentée comme miraculeuse, mais pour qui ?

Plus léger, Jérico, l’envol infini des jours, de Catalina Mesa pénètre dans les intérieurs des femmes du charmant village de Jérico. En l’absence des hommes, les langues se délient, pour des histoires drôles, truculentes ou dramatiques.

 

Nicaragua

En franchissant le canal de Panama, on entre dans la zone de l’Amérique centrale, jonction entre le Nord et le Sud. Au Nicaragua, pays de six millions d’habitants, une famille de paysans vient de subir un cataclysme qui a laissé des traces sur l’environnement. Sur cette terre maintenant apaisée, la Terre calme du film de Ruben Margallo, le père et la mère déjà âgés vivent en compagnie de leur plus jeune fils. Tous leurs autres enfants ont déjà quitté le village, en quête d’une existence meilleure.

 

Mexique

Il ne faut pas terminer ce long voyage sans voir un poignant témoignage sur le travail des enfants de familles pauvres dans huit régions mexicaines, Les Héritiers d’Eugenio Polgovsky, réalisateur et plasticien prématurément disparu en 2017, qui a consacré son travail de documentariste à l'exploration des conditions de vie des populations défavorisées et victimes d'injustice dans son pays, le Mexique.

 

Et après tant de kilomètres, pourquoi ne pas reprendre la route, dans l’autre sens ?

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