les yeux d'oc

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Le Dernier Continent

Vincent Lapize, 2015, 77 min

Sur une durée de deux ans, du printemps 2012 au printemps 2014, "Le Dernier Continent" construit la fresque d'une expérience politique mouvante : celle des opposants au projet d'aéroport du Grand Ouest à Notre-Dame-des-Landes. Le film trace un double portrait : portrait d'un espace naturel de forêts et de prairies, appelé "Zone à défendre" par les habitants et "Zone d'aménagement différé" par l'Etat et les promoteurs. Portrait aussi et surtout de personnes isolées ou de groupes aux profils très divers, qui partagent quotidiennement une expérience politique et humaine atypique. Là où tout est à inventer, paysans, anciens habitants, sympathisants et activistes réussissent le double exploit de faire converger leurs idées et leurs actions. De l'opposition spontanée à l'autonomie alimentaire et énergétique, de l'organisation de stratégies de résistance à la mise en place d'alternatives sur le long terme, de quelques dizaines de squatteurs à des centaines de militants venus de toute la France, le film interroge la lutte.

Thématique

Vies de femmes, voix de femmes

En 1949, Simone de Beauvoir écrit dans l’introduction de son essai Le Deuxième Sexe :« J'ai longtemps hésité à écrire un livre sur la femme. Le sujet est irritant, surtout pour les femmes ; et il n'est pas neuf. La querelle du féminisme a fait couler assez d'encre, à présent elle est à peu près close : n'en parlons plus. On en parle encore cependant. Et il ne semble pas que les volumineuses sottises débitées pendant ce dernier siècle aient beaucoup éclairé le problème. D'ailleurs y a-t-il un problème ? Et quel est-il ? »

En ne considérant que ces deux dernières années, des questions  perdurent encore : le hashtag #MeToo révèle l’ampleur du harcèlement sexuel, le Grenelle contre les violences conjugales cherche à élaborer davantage de protections pour les femmes, le projet de loi sur la bioéthique et son article 1, l’accès à la PMA pour toutes les femmes, est à l’étude, on découvre un marketing genré et des produits destinés aux femmes plus coûteux…

Vies de femmes, voix de femmes propose  sept documentaires sur le vécu des femmes, à différentes époques et dans différents pays. Ces films soulignent que l’égalité homme-femme n’est pas pour demain. Il faut encore et toujours en parler.

 

…Du sentiment amoureux

Renée R.  Lettres retrouvées, de Lisa Reboulleau (2014)

Avec ce film, la réalisatrice nous plonge dans les années 50-60, en France. À l’aide du journal intime et des lettres d’une femme, elle nous fait ressentir le sentiment amoureux, la douleur de la fin d’un amour et le poids du contexte familial et social de ces années-là.

 

…Le mariage forcé

Djamilia, de Aminatou Echard (2018)

Après des études d’ethnomusicologie, Aminatou Echard se tourne vers le cinéma. Le travail de terrain est un élément essentiel de sa pratique artistique. Ses voyages au Kirghizistan se sont échelonnés de 2007 à 2016. Elle a rencontré des femmes de générations et de milieux différents. « Les rencontres sont uniques  parce que les femmes ont très peu de temps disponible. Le fait de filmer et enregistrer alors que chacun sait que cela peut poser des problèmes à celle qui se livre, conditionne fortement le temps de l’entretien » précise-t-elle. Djamilia, le personnage du roman de  Tchinguiz Aïtmatov, publié en 1958, raconte l’histoire de cette femme enlevée et mariée selon la coutume kirghize (coutume encore en vigueur) et qui prend la fuite avec son amant. « Toutes les femmes kirghizes la soutiennent ! »

 

…Fille, femme, mère

Mère fille, pour la vie, de Paule Zajderman (2005)

« Quand une femme devient mère, elle va avoir à se positionner sur une sorte de ligne droite avec deux extrémités, avec à un bout la position mère et à l’autre bout la position femme. […] Certaines restent fixées à un bout ou à un autre. À une extrémité, les plus mère que femme, à l’autre extrémité, les plus femme que mère ». Paule Zajderman a travaillé à la mise en images de l’essai de Caroline Eliacheff et Nathalie Heinich, Mères filles, une relation à trois, avec des films de famille, des extraits de films de fiction (Madame Bovaryde Claude Chabrol et la mère indifférente incarnée par Isabelle Huppert, Talons aiguillesde Pedro Almodovar avec un personnage de mère écrasante jouée par l’actrice Maria Paredes) et des témoignages d’auteures (Duras, Annie Ernaux…). Les relations sont souvent à vif, les mots jamais oubliés. Tel le « Voilà ma petit misère ! » que prononçait la mère de Marguerite Duras en présentant sa fille à des invités.

Code 178, des mots sur l’avortement, de Jeremy Sahel (2008)

Trois femmes, Sandrine, Céline, Lalie s’expriment sur les circonstances qui les ont conduites à prendre la décision d’avorter. C’est volontairement qu’elles partagent leur expérience, depuis le moment où elles ont pris conscience de leur grossesse jusqu’aux conséquences de leur choix. Médecins et sage-femme parlent de leur position éthique ; certains d’entre eux soulignent la gratification que leur apporte l’IVG, vu comme un acte d’entraide. « C’est bien d’en parler conclut l’une des femmes, pour cesser d’en faire un processus horrible et surtout strictement confiné à une salle d’hôpital. »

Jericó, l’envol infini des jours, de Catalina Mesa (2016)

La réalisatrice est née et a grandi en Colombie. Installée à Paris, elle suivra la formation des Gobelins et de la Fémis. Jericóest un hommage à son village natal et aux femmes âgées qui y vivent. Elle montre le quotidien de douze femmes, dont sa grand-tante Ruth Mesa. Au village, les hommes sont sur la place, les femmes sont souvent à l’intérieur de la maison, alors la cinéaste les filme chez elles et recueille cette parole de l’intimité, de la mémoire de l’esprit féminin.

 

…L’écriture pour exister

Annie Ernaux, de Timothy Miller (2000)

Annie Ernaux est une sœur d’âme des femmes kirghizes. Ecrivaine, la matière sur laquelle elle travaille est sa vie, son expérience personnelle : « deux dimensions principales me requièrent toujours, l’une, l’injustice sociale, le sentiment des différences sociales […] et une autre forme de domination qui est aussi à l’œuvre, la domination masculine du monde. Ma condition de femme, mes expériences de femme, fournissent le matériau de mes livres. Faire en sorte que ce qui est une vision singulière, mais partagée par plus de la moitié de l’humanité, c’est-à-dire la vision des femmes, soit d’une certaine façon universelle. »

Belle de nuit, Grisélidis Réal - autoportraits, de Marie-Ève de Grave (2016)

Marie-Ève de Grave réalise un fascinant portrait de Grisélidis Réal, écrivaine, peintre et prostituée, à travers les livres qu’elle a écrits. Deux voix font résonner les textes, celle de Grisélidis et celle de la réalisatrice elle-même. Rien n’est caché des excès, du sordide même de la vie de Grisélidis Réal. Mais le film  montre surtout la force de vie qui l’a animée, et sa façon d’être au monde. Plusieurs registres d’images composent « l’autoportrait ». Il y a des séquences tournées en 2005 avec Grisélidis (gravement malade) lors de la promotion de son livre Le Noir est une couleur, des images de fiction, des archives de Grisélidis (photos, lettres, manuscrits) et les témoignages émouvants de André Balland et Yves Pagès, ses éditeurs, de Jean-Luc Hennig, écrivain ami.

Marie-Èvede Grave a réalisé plusieurs courts métrages, Belle de nuit est son premier long métrage, tourné onze ans après le décès de Grisélidis.

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