les yeux d'oc

  • Aisheen (Still alive in Gaza), Nicolas Wadimoff

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

La Chine est encore loin

Malek Bensmaïl, 2008, 120 min

Dans un village perdu des Aurès, à Tiffelfel, près de Ghassira, les enfants de l'école jouent sans souci du passé. Ce fut là, en 1954, qu'éclata la guerre d'Algérie, après le meurtre d'un instituteur français. Dans ce lieu chargé d'histoire, de rébellion, rien ne semble avoir changé depuis cinquante ans et les cours continuent à se dérouler selon un calendrier immuable. Les garçons font parfois l'école buissonnière. L'instituteur principal s'acharne à leur enseigner les mathématiques, à leur inculquer un sentiment national, à leur rappeler l'histoire de leur pays. Parfois, il sévit en leur tapant sur les doigts avec une règle, mais ils sont peu attentifs. Ils se réveillent au cours de français. Probablement ressentent-ils là, en apprenant une langue étrangère ou semi étrangère, une sorte d'ouverture sur le monde. La caméra s'attarde sur les visages éclatants de vie des enfants, filme le village pauvre, la lumière et la beauté rude de ces paysages grandioses, cerne des personnages singuliers : le vieux guide poète qui déambule sur les chemins en chantant ou en maugréant, la femme de ménage qui semble soumise et qui, à la fin, se raconte. Car, si les enfants ignorent l'histoire, les témoins ou les acteurs de l'attentat gardent une mémoire vivace des événements. Les images expriment une vitalité pleine d'espoir et de rêves, montrent avec justesse la réalité complexe d’un pays, l’Algérie, enfermé dans ses contradictions.

Portrait

Harun Farocki (1944-2014)

Libérer (sans relâche) le regard et désirer (ardemment) transmettre

« Il faut être aussi méfiant envers les images qu’envers les mots. Images et mots sont tissés dans des discours, des réseaux de significations. […] Ma voie, c’est d’aller à la recherche d’un sens enseveli, de déblayer les décombres qui obstruent les images ». H. Farocki

 

Ainsi parlait Harun Farocki de son travail. Ce projet, cette  volonté s’est exprimée dans le cinéma et la vidéo, des installations, des écrits en prenant pour matériaux les photographies, les images d’archives, de communication, de marketing, les jeux vidéo, le flux des images sur internet, les technologies de vidéosurveillance,  « les armes intelligentes » qui se substituent à l’œil humain sur le terrain des opérations militaires. Ainsi Harun Farocki nous aide-t-il à lire le XXème et le début du XXIème avec un regard critique reposant sur la distanciation, la construction-déconstruction, l’assemblage-réassemblage, un art du montage vécu et agi comme une « pensée gestuelle ». Dans cette voie, exigeante et engagée, Farocki ne s’est jamais départi d’un souci de pédagogie, de partage, « d’une communauté qui vient ». Son œuvre, à la fois poétique politique et théorique, travaille au plus près la lisibilité des images en les dégageant des boues de l’instrumentalisation. Ainsi nous apprend-t-elle à décoder le monde contemporain et ses rouages et, par-là même, à y trouver une liberté.

 

Harun Farocki, né en 1944 d’un père indien et d’une mère allemande, laisse une œuvre considérable de plus de cent-vingt films et installations réalisés de 1966 jusqu’à sa mort en 2014. S’y ajoutent de nombreux écrits sur le cinéma et les média. Il entre en 1966 à l’Académie allemande du film et de la télévision de Berlin récemment créée (la DFFB) où il deviendra plus tard professeur et participera aux scénarios des films de son ancien élève et ami Christian Petzold. Le large spectre, l’empan de ses investigations cinématographiques traquent et autopsient les apparences en allant du film militant au court-métrage pour enfants en passant par la dénonciation-décryptage des mécanismes de guerre et du médium cinéma. Farocki considérait Jean-Luc Godard comme une référence, une vigie, un éclaireur. Tous deux donnent à chacun de leurs films une dimension théorique.

 

Cinq films pour appréhender l’intelligence en marche du travail d’Harun Farocki :

En comparaison

En sursis

Nature morte

Les Ouvriers quittent l'usine (aka La Sortie d'usine)

Un nouveau produit

 

Prochainement