les yeux d'oc

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Edmond, un portrait de Baudoin

Laetitia Carton, 2014, 80 min

Durant plus d’un an, la réalisatrice a suivi Edmond Baudoin. À 70 ans, cet ancien chef-comptable devenu dessinateur par désir profond et par peur de l’ennui, fait partie des grands auteurs de la bande dessinée contemporaine. Avec son dessin unique au pinceau, il occupe, dès ses premières planches dans les années 1980, une place tout à fait à part dans l’édition. Trente ans et une cinquantaine de livres plus tard, ce portrait filmé nous permet de le découvrir dans son intimité, entre Villars, son petit village de l’arrière-pays niçois, les grands festivals et surtout les discussions feutrées autour d’un dessin, moments privilégiés d’échanges sur l’art, la liberté, la vie. Une mise en perspective soutenue par une bande-son entre jazz et accordéon. Ce film, qui donne envie d’en savoir un peu plus, tire sa force de l’originalité du dispositif qui juxtapose des traits au pinceau noir de Baudoin aux prises de vue réelles de l'artiste dans son atelier, dans la nature, au bord d'une rivière où il se baigne nu, dans son village. Comme Baudoin, Laetitia Carton a changé de voie, abandonnant les Beaux-Arts pour le cinéma : leur rencontre dans l'intime témoigne d'une belle complicité entre les deux artistes.

Nouvelles du monde

Road-movie latino

 

Quoi de plus naturel que de débuter une traversée de l’Amérique latine aux confins du Chili, dans cette province appelée Patagonie que les adeptes de grande randonnée ont naguère inscrit sur leurs carnets de route. Les touristes s’y pressent aussi, en quête de ce lieu symbolique du bout du monde. Sur ce vaste territoire très peu peuplé (à peine plus qu’en Sibérie), les habitants tentent tant bien que mal de ramasser les miettes du développement économique. Le réalisateur Georgi Lazarevski est allé à leur rencontre, mû par le désir instinctif de découvrir le pays où ses ancêtres yougoslaves ont émigré. De ce retour aux sources est né Zona franca (zone franche), journal filmé de la vie quotidienne de quelques autochtones et d’une grève qui perturba de façon inattendue le voyage bien huilé d’un groupe de touristes.

En remontant vers le nord la longue bande de terre qui forme le Chili, on arrive à la capitale, Santiago, ville d'accueil pour nombre d’artistes, poètes, plasticiens et bien sûr musiciens, qui ont accompagné le pays dans ses moments de liesse comme à ses heures les plus sombres. Mélanie Brun a filmé pendant dix-huit mois la scène musicale d’hier et d’aujourd’hui et rassemblé de nombreuses images d’archives pour son film Il n’y aura pas de révolution sans chansons, hymne à la vitalité de la chanson chilienne qui n’oublie pas son rôle d’ambassadrice de la protestation populaire.

 

Argentine

En remontant encore vers le nord-est et en franchissant la frontière qui sépare le Chili de l’Argentine, on arrive dans la province de Jujuy, au pied des Andes. Autre pays mais luttes similaires, car ici aussi les populations locales sont victimes des gros investisseurs. Inès Compan y a filmé les Amérindiens Kollas, en butte aux manœuvres pernicieuses d’une société minière canadienne, exploitante d’une mine À ciel ouvert, comme l’indique le titre du film. Entre pollution, émanations toxiques, dégradation de l’environnement et corruption généralisée, la province perd peu à peu son caractère rural, malgré la persistance de l’élevage traditionnel de chinchillas, petits rongeurs des Andes à la fourrure très rémunératrice :« Ça, c’est de l’or ! 200 $ le kilo. Et c’est inépuisable » comme le confie un éleveur satisfait à la réalisatrice.

 

Colombie

En suivant vers le nord le tracé de la cordillère des Andes jusqu’à son extrémité, on arrive en Colombie, pays d’origine du cinéaste Nicolas Rincon Gille, dont l’œuvre documentaire s’attache à la reconnaissance des populations indiennes victimes des exactions de l’armée ou des paramilitaires. L’Étreinte du fleuve filme la vie des pêcheurs au bord du fleuve Magdalena, leurs croyances et leurs récits. Une vie tout sauf paisible, car ils sont pourchassés, assassinés, spoliés. Les morts viennent visiter les vivants, les jeunes hommes apparaissent à leurs mères, déterminées à retrouver ces corps sans sépulture, vaine quête mais quête sacrée qu’évoque le court métrage Baisers froids.

Toujours en Colombie, à Bogota, Bagatelle filme le combat inégal entre le glaive de la justice et la vulnérabilité de jeunes gens accusés de délits mineurs. Loin de les aider à s’en sortir, leurs défenseurs conseillent le « plaider coupable », une solution présentée comme miraculeuse, mais pour qui ?

Plus léger, Jérico, l’envol infini des jours, de Catalina Mesa pénètre dans les intérieurs des femmes du charmant village de Jérico. En l’absence des hommes, les langues se délient, pour des histoires drôles, truculentes ou dramatiques.

 

Nicaragua

En franchissant le canal de Panama, on entre dans la zone de l’Amérique centrale, jonction entre le Nord et le Sud. Au Nicaragua, pays de six millions d’habitants, une famille de paysans vient de subir un cataclysme qui a laissé des traces sur l’environnement. Sur cette terre maintenant apaisée, la Terre calme du film de Ruben Margallo, le père et la mère déjà âgés vivent en compagnie de leur plus jeune fils. Tous leurs autres enfants ont déjà quitté le village, en quête d’une existence meilleure.

 

Mexique

Il ne faut pas terminer ce long voyage sans voir un poignant témoignage sur le travail des enfants de familles pauvres dans huit régions mexicaines, Les Héritiers d’Eugenio Polgovsky, réalisateur et plasticien prématurément disparu en 2017, qui a consacré son travail de documentariste à l'exploration des conditions de vie des populations défavorisées et victimes d'injustice dans son pays, le Mexique.

 

Et après tant de kilomètres, pourquoi ne pas reprendre la route, dans l’autre sens ?

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