les yeux d'oc

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Le Dernier Continent

Vincent Lapize, 2015, 77 min

Sur une durée de deux ans, du printemps 2012 au printemps 2014, "Le Dernier Continent" construit la fresque d'une expérience politique mouvante : celle des opposants au projet d'aéroport du Grand Ouest à Notre-Dame-des-Landes. Le film trace un double portrait : portrait d'un espace naturel de forêts et de prairies, appelé "Zone à défendre" par les habitants et "Zone d'aménagement différé" par l'Etat et les promoteurs. Portrait aussi et surtout de personnes isolées ou de groupes aux profils très divers, qui partagent quotidiennement une expérience politique et humaine atypique. Là où tout est à inventer, paysans, anciens habitants, sympathisants et activistes réussissent le double exploit de faire converger leurs idées et leurs actions. De l'opposition spontanée à l'autonomie alimentaire et énergétique, de l'organisation de stratégies de résistance à la mise en place d'alternatives sur le long terme, de quelques dizaines de squatteurs à des centaines de militants venus de toute la France, le film interroge la lutte.

Thématique

Des animaux, des humains et de leur âme

Les animaux ont une place de choix dans l’histoire du cinéma documentaire. Au temps des origines, Muybridge et Marey ont magnifié les mouvements du cheval au galop et de la mouette en vol. Plus près de nous Painlevé, Rossif, Rouch, Vienne ont ouvert le champ de la perception de l’animal, notre voisin, celui qui est, étymologiquement, un être vivant, animé, doué d’une âme. Six films présentés sur Les yeux doc permettent d’appréhender la « planète Animal » selon des chemins originaux, des sentiers de traverse.

 

Un animal, des animaux saisit le moment historique des travaux de la réouverture de la Grande Galerie de l’Évolution au Museum National d’Histoire Naturelle de Paris. De 1991 à 1994, Nicolas Philibert filme le chantier de rénovation et la métamorphose de ce lieu fermé depuis plus de vingt-cinq ans. Les animaux laissés à l’abandon renaissent grâce au travail conjugué des différents professionnels impliqués dans la restauration, ainsi que des conservateurs et des scénographes. Le film glissant des uns aux autres avec aisance met en place les pièces de l’immense puzzle des différentes espèces de la nouvelle Galerie. La bande son évoque une savane imaginaire. Le bruit des machines, les voix, les échos, le crissement du papier d’emballage sont des cris d’animaux filmés en gros plans. Dans une lumière crépusculaire leurs yeux de verre sont le miroir de la caméra qui les filme et qu’ils fixent pour l’éternité. La Galerie de l’Évolution est le lieu paradoxal où l’animal / spécimen mort et empaillé acquiert, grâce à une mise en scène,  une vie aux confins de l’imaginaire et de la réalité.

 

Marie Voignier suit les traces d’un animal inconnu des zoologues, le Mokélé Mbembé qui n’est répertorié dans aucun museum, conservé dans aucun compactus. Depuis sept ans, le crytozoologue Michel Ballot a tout quitté pour lui, devenant explorateur acharné. L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé raconte sa quête insensée à partir des informations et des  croquis, parfois contradictoires, des Pygmées de la région. Cet arpenteur frénétique vit dans l’espoir fou de croiser un instant la bête. Marie Voignier souligne la multiplicité des points de vue en confrontant quête obsessionnelle de l’un et récit approximatif, incertain des autres.  Ce film travaille le merveilleux et la croyance. L’animal, vraisemblable ou légendaire, fait sourdre un désir de mythologie qui emprunte les contours de la fiction.

 

Si Marie Voignier documente l’homme occidental aux prises avec son désir/fantasme d’Afrique, Denis Côté dans Bestiaire pose avec radicalité la question : comment regarder un animal, comment le filmer ? Ni essai, ni narration, cette œuvre indomptée, âpre est une expérience sensorielle. De cette collection d’animaux se dégage une force esthétique fascinante. L’œil de la caméra s’arrime à celui des bêtes. La panique des zèbres dans leur enclos est une scène hypnotique. Le bruit terrifiant des coups de pattes répond aux images tournées au-dessus des équidés, en surplomb, puis à hauteur de sabots, créant une atmosphère anxiogène. L’observation  se double d’une volonté de faire planer une menace sur tous les lieux. La bande son architecture les bruits et provoque une attente angoissée, un suspense. L’absence de toute voix humaine régit un monde de comportements et de regards, de significations et de mystères. Denis Côté travaille l’insensé de la condition animale en captivité qui rejoint l’absurde de la condition humaine. L’autre est-il si différent de soi ?

 

Koko, le gorille qui parle, réalise un vieux rêve de l’humanité : le dialogue, l’échange entre l’animal et l’homme. Koko (1971-2018) est la gorille la plus célèbre au monde. Muse de Barbet Schroeder, gorille aux extra-ordinaires compétences, elle est le sujet d’études et de recherches de la psychologue/éthologue Penny Patterson qui lui apprend le langage des signes. Entre elles deux, au fil du temps, se noueront des liens affectifs très forts. Koko, « être doué de sensibilité » et non cobaye de laboratoire, en produisant des sons nouveaux avec son larynx et en utilisant le langage des signes construit un pont inédit entre l’animal et l’homme.

 

La Main au-dessus du niveau du coeur nous immerge dans l’univers de l’abattoir industriel fait de sang, de précision gestuelle, de cadences infernales au service d’une rentabilité maximale. Ce microcosme capitaliste est dominé par la division des tâches, par le bruit des machines, les cris des bêtes égorgées, la chaîne d’abattage, la découpe et ses métiers. Y règne le plan séquence sans commentaire. Ce montage permet à Gaëlle Komàr de trouver la bonne distance, d’être au plus près ou de s’éloigner des sujets (bêtes et hommes) qu’elle filme avec intensité. La souffrance animale s’incarne dans l’image récurrente du sang des bêtes, à la fois matière picturale et liquide organique d’un rouge épais.

 

Les Hommes d’Ariane Michel achève ce voyage en « Animalie ». Partie avec une expédition scientifique au Groenland, la réalisatrice parvient à replacer l’homme dans les mêmes cycles que les animaux, les végétaux, les minéraux. Elle montre une relation au présent inédite en invitant les Occidentaux à se délester de leur fardeau culturel, à adopter la position éthique d’être un élément, un être vivant parmi d’autres. Le parti-pris de mutisme et d’absence de questions aux scientifiques permet concentration et convergence des regards. L’imprévisibilité du geste d’un animal répond à l’incertitude de ce qui advient. Ariane Michel, avec des images à couper le souffle,  observe  les humains comme des animaux inconnus en filmant « une rencontre première entre des bêtes et des hommes dans un paysage dépouillé. »

 

Filmographie

Bestiaire / Denis Côté (2011, 72 min)

Les Hommes / Ariane Michel (2006, 96 min)

L'Hypothèse du mokélé-mbembé / Marie Voignier (2011, 78 min)

Koko, le gorille qui parle / Barbet Schroeder (1974, 85 min)

La Main au-dessus du niveau du coeur / Gaëlle Komàr (2011, 80 min)

Un animal, des animaux / Nicolas Philibert (1994, 57 min)

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