les yeux d'oc

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Rêveurs rêvés

Ruth Beckermann, 2016, 89 min

Dans l'intimité ouatée d'un studio de la "Funkhaus" de Vienne, deux jeunes comédiens, homme et femme, ressuscitent le milieu littéraire et l'atmosphère de l'immédiate après-guerre, à travers leur lecture/interprétation de la correspondance du poète Paul Celan, né en 1920 dans une famille juive de la région de Budovine, alors en Roumanie, et de la poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann, fille d'un miltant de l'ex-parti national-socialiste. Pour la réalisatrice Ruth Beckermann, Ingeborg Bachmann est un modèle. "Quand la correspondance est parue en 2008, je l'ai lu immédiatement et j'ai été fascinée par la langue de ces lettres et la part de fiction qu'elles contiennent. Tout y est déjà littérature, même si ce n'était pas écrit pour être publié". Plutôt que de faire voyager sa caméra dans les lieux où Celan et Bachmann ont vécu leur passion -quelques mois qui ont été suivis d'une corespondance de près de vingt ans- Beckermann préfère créer les conditions d'un huis-clos, où les deux comédiens, Anja Plaschg, actrice et musicienne plus connue sous le nom de scène Soap&skin, et Laurence Rupp, acteur dans la troupe du Burgtheater de Vienne, lisent et s'approprient un texte écrit au siècle dernier, en y apportant une touche contemporaine et finalement intemporelle. "Pour moi, ces textes sont très puissants. Mais ma question de départ était de savoir s'ils sont capables de provoquer une émotion aujourd'hui: comment ces lettres allaient se refléter sur des corps, des visages jeunes, mais aussi ce que ça ferait dans la tête de comédiens de cet âge."

Portrait

Histoire, violence, création artistique

 Des thèmes chers à Jean-Gabriel Périot.

 

Le film Une jeunesse allemande relate la naissance et la fin de la Fraction armée rouge entre 1970 et 1977 en Allemagne. Des archives audiovisuelles et un art abouti du montage construisent le récit : films réalisés par les étudiants cinéma du groupe, extraits de débats politiques avec Ulrike Meinhoff, puis reportages d’informations télévisés lorsque le  groupe passe aux actions violentes. Le film montre la confrontation entre deux générations,  une révolte, jusqu’à la  mort, tragique.

Il est présenté en 2015  dans plusieurs festivals prestigieux : en France, Cinéma du réel, Les États généraux du film documentaire, en Suisse, Visions du réel, en Allemagne, la Berlinale. Il est sorti en salle en octobre 2015, au moment où l’actualité des attentats rendait  la question du terrorisme encore plus aigu.

Jean-Gabriel Périot a réalisé récemment, en 2017, une fiction, Lumières d’été, dans laquelle un réalisateur japonais vivant à Paris se rend à Hiroshima pour interviewer des survivants. Mais il a aussi réalisé depuis 2001 de nombreux courts métrages, une vingtaine.

L’art du montage d’archives audiovisuelles

Une jeunesse allemande n’est pas le premier film de Périot réalisé à partir d’archives. En 2006 et 2007, Eût-elle été criminelle et 200 000 fantômes les utilisent déjà. Les films sont sans explication, ni commentaire, le montage donne le sens avec tantôt des accélérés, des ralentis, des superpositions ou recadrages.

Le travail avec les archives lui  permet  de « parler du présent et du futur à travers le passé […] L’archive réactive  dans notre époque un événement catastrophique, lui évite de disparaître des mémoires des générations suivantes […] permet de savoir qu’un des futurs possibles est le retour du passé ».

La question de la violence

Que ce soit dans Une jeunesse allemande ou les courts métrages déjà cités, c’est la violence qui est pointée du doigt. 200 000 fantômes est un montage poétique et étonnant, en accéléré, de photographies de la ville d’Hiroshima avant et après la bombe. La musique (Soft dark stars de Current 93) accompagne les images qui défilent au rythme mélancolique d’une boucle de notes au piano. À voir :  200 000 fantômes

 Eût-elle été criminelle analyse les images, à la Libération, des humiliations subies par les femmes ayant eu des relations sexuelles avec des soldats allemands. "Lors de la réalisation d'une installation vidéo mettant en parallèle des images de la seconde guerre mondiale avec des images contemporaines, j'ai découvert les images des femmes rasées. Ces images m'ont bouleversé par la violence qu'elles contiennent. Violence qui s'exprime à la fois par les actes de représailles eux-mêmes et par la concomitance dans ces images de la souffrance et de la joie ». À voir : Eût-elle été criminelle

« Il y a quelque chose dans l’art qui nous aide à survivre »

Dans un registre différent, deux courts métrages s’attachent à ce qui peut créer du lien à travers des pratiques artistiques : Nos jours, absolument doivent être illuminés et De la joie dans ce combat.

Nos jours, absolument doivent être illuminés (2012)  offre un court moment d’émotion et de fraternité : le 28 mai 2011, dans la rue, un petit groupe de personnes est rassemblé, attentif : elles  écoutent des détenus qui chantent, depuis  l’intérieur de la maison d’arrêt d’Orléans, pour le public,  de l’autre côté du mur.

Avec De la joie dans ce combat (2018), Jean-Gabriel Périot filme le travail de la mezzo-soprano Malika Bellaribi-Le Moal. Elle forme, en banlieue, des groupes amateurs de chœurs d’opéra. Pour les femmes et les hommes qui travaillent avec elle, la musique est un moyen de résister et de sortir de l’isolement. À voir : De la joie dans ce combat

L’art  nous aide à survivre  explique J. G. Périot dans un entretien : «  C’est un espace dans lequel on peut trouver du confort. […] Je suis réalisateur, elles, elles chantent. Dans nos pratiques, je pense que, et elle et moi, si on travaille autant, c’est parce que la pratique en elle-même est une vraie béquille à la vie. C’est une manière non pas de s’échapper du réel mais de gagner un peu de force. »

Le réalisateur travaille à un prochain film qui aura semble-t-il pour sujet le siège de Sarajevo.

À consulter (textes et des entretiens) : Site personnel de JG Périot

Source de la photo : www.critikat.com

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