les yeux d'oc

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Glenn Ferris

Jean-Yves Legrand, 2009, 67 min

Glenn Ferris découvre le trombone à l'âge de huit ans et à seize ans devient le tromboniste soliste du Don Ellis Big Band. En 1970, il forme son propre orchestre de vingt musiciens, le Celebration Orchestra. En 1972, il rencontre Frank Zappa. Il entre au Grand Wazoo Big Band « Jazz-Rock » et poursuit l'aventure avec les Mothers of Invention. Parallèlement, Glenn Ferris multiplie les collaborations en studio et les tournées avec George Duke, Billy Cobham, Stevie Wonder, Philly Joe Jones, Tony Scott, Art Pepper. En 1982, il s’installe définitivement en France et joue avec les plus grands musiciens américains ou européens : Michel Petrucciani, Martial Solal, Joachim Kuhn, Steve Lacy, Quincy Jones, Franco d’Andrea, Archie Shepp. Glenn Ferris peut tout jouer, de Duke Ellington à la « free » la plus débridée. Ce qui compte avant tout pour lui, c'est faire entendre le souffle de son instrument, trouver de nouvelles formes, élaborer des assemblages improbables. Jean-Yves Legrand a suivi le musicien durant deux ans. Il l'a filmé en répétition, en concert, mais aussi seul chez lui ou avant le spectacle.

Thématique

De la maladie

La maladie est un thème non seulement du cinéma de fiction et du cinéma documentaire, mais aussi de toute la création humaine : littérature, peinture, théâtre, musique. Qu'elle soit somatique ou psychique, la maladie révèle l’humain dans sa fragilité comme dans sa force de vie. La plateforme Les yeux doc propose trois documentaires où la maladie frappe des cinéastes qui décident d’en faire un film, de partager une expérience intime, de dévoiler une part de leur subjectivité. Aventures chimiques, Doux amer et Happy end, chacun à sa manière originale, interroge le rapport du réalisateur/de la réalisatrice au mal qui l’affecte.

 

Variety Moszynski dans Aventures chimiques choisit de saisir la parole de femmes qui, comme elle, voient leur cancer du sein récidiver. Une unité de lieu, la salle de soins dédiée aux traitements contre le cancer à l'hôpital, est l'espace où neuf femmes se confient avec courage et dignité. Chacune met en mots son histoire singulière avec la maladie. Une alchimie s'opère entre la réalisatrice et les femmes qu'elle côtoie pendant le traitement. Une relation de solidarité, de compagnonnage, née de la traversée d'une épreuve, à la fois commune et pour chacune différente, les unit. Cette sororité permet à la réalisatrice de trouver force et énergie grâce au lien que génère la parole. Ces Aventures chimiques à la croisée des chemins et des destins sont de belles aventures humaines où les visages et les expressions sont filmés au plus près par des gros plans animés de bienveillance.

 

Tout autre est le parcours du cinéaste de Doux amer. Matthieu Chatellier, en voix off, fait le récit de la découverte de sa maladie, le diabète, et surtout des peurs voire des terreurs  qu'il doit apprivoiser. Il dessine ses rêves, découpe de petites figurines de papier pour mettre à distance ses angoisses. À cette part nocturne se juxtapose un côté plus solaire où le réalisateur vit des moments de bonheur simple avec ses enfants. Cependant la maladie fait basculer la vie quotidienne dans un autre monde où les injonctions des médecins, les surveillances sanguines et le coma toujours possible sont les mâchoires d'un étau très difficile à desserrer. Daniela De Felice, la femme du réalisateur, présente dans le film en a signé le montage. Autour d'elle s'agrègent les mots, les situations, les souvenirs de l'Italie. Un voyage à Naples, un autre, plus étrange, au sanctuaire de Notre-Dame des Grâces au Monte Nero près de Livourne en Toscane permettent d'esquisser par touches discrètes un rapport à l'invisible et aux croyances. Daniela traduit à ses filles les textes des ex-voto, les remerciements à la vierge après une guérison. Dimension ethnologique du sanctuaire certes, mais peut-être aussi comme sous-jacent, un désir aux lisières du conscient et de l'inconscient de voir la maladie disparaître ?

 

Avec Happy end (prix des jeunes au festival Cinéma du réel en 2010) le ton est donné dès les premières images. Atteint d’un cancer rénal comme son père quarante ans plus tôt, Szymon Zaleski se livre à une réflexion sur lui-même et sur la maladie entre ironie et poésie. Szymon consulte et suit les prescriptions d’éminents oncologues à Paris et à Bruxelles, écoute les conseils d’amis et surtout voyage en Amérique du Sud à la rencontre des pratiques chamaniques et de guérisseuses. Tous ces déplacements (où se dessine une filiation avec Vacances prolongées de Johan Van Der Keuken) n’empêchent pas le mal de progresser en métastases au cerveau. Szymon, à défaut d’une âme forte,  s’en remet à ses jambes, à la course à pied pour nourrir sa pulsion de vie et éviter à son corps de perdre le geste magnifique du déplacement, du rythme des foulées, de la respiration profonde, généreuse et haletante de l’effort. Dans une sorte d’éblouissement ce rapport obstiné au corps évoque les tentatives désespérées d’Hervé Guibert dans La Pudeur ou l’impudeur. Face au miroir, Guibert serre les poings, ébauche des mouvements de boxe pour enrayer la perte musculaire inexorable. Szymon Zaleski, dont le corps se modifie tout au long du film, tient un carnet de route de tous ses essais et ses démarches pour sortir de la maladie. Dans ce journal de bord s’écrit sa subjectivité sans pathos ni lyrisme. Il utilise aussi images d’archives et extraits de films afin de mettre entre lui et son histoire, entre lui et son imaginaire,  une distance humoristique salvatrice. Road-movie, Happy end est la course d’un homme en quête de médicaments et de sens à donner à sa vie.

 

Doux amer © Alter Ego Production

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