les yeux d'oc

  • Hinterland, Marie Voignier

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    Les yeux doc est la plateforme numérique du Catalogue national de la Bibliothèque publique d'information. Elle présente une sélection de films documentaires français et internationaux, constamment actualisée et éditorialisée. Elle est diffusée dans les bibliothèques françaises, auprès des usagers de ces bibliothèques, pour des consultations sur place ou à domicile.

7 jours, un film

Guru, une famille hijra

Laurie Colson, Axelle Le Dauphin, 2015, 74 min

Au temps des dieux hindous, on raconte qu'un roi marié à une déesse s'est émasculé devant sa femme pour devenir femme à son tour. Les hijras, ni hommes, ni femmes, communauté transgenre traditionnelle de l'Inde, se revendiquent de cet acte fondateur et vont se prosterner et danser chaque année au pied du temple de la légende. Biologiquement, les hijras sont des hommes, eux-mêmes émasculés ou en attente d'une opération qui les réconciliera avec leur corps. Leur statut et leur prestige sont très liés à leur état physique, selon qu'ils sont hermaphrodites, émasculés ou porteurs d'organes génitaux mâles, ce dernier état étant le plus fréquent. Les deux réalisatrices ont suivi pendant plusieurs mois une famille de hijras d'Inde du Sud, de la région du Tamil Nadu , berceau des communautés transgenres. Elles sont huit "filles", recueillies par une guru, puissante matrone qui leur sert de mère, soeur, amie et, bien sûr, modèle. Sous sa direction, les hijras mendient dans la rue, dans les trains et rapportent le fruit de leur quête, qui n'est pas maigre puisqu'elles inspirent une certaine crainte aux hommes, ayant le pouvoir de bénir et maudire la population. Elles se livrent aussi à la prostitution, ce que le film n'aborde qu'en filigrane, préférant se concentrer sur la vie quotidienne et les relations parfois explosives de ces neuf femmes entre elles. Avec : Lakshmi Amma, la guru, Silky Preema, Priyanka, Trisha, Kuyili, Durga, Mahima, Vasundhara et Yamuna, les filles.

Actualités

Printemps algérois

Huit ans après le déclenchement du Printemps arabe dans la Tunisie voisine, le peuple algérien entre à son tour en rébellion contre ses dirigeants, obligeant le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis vingt ans, à démissionner. Drapés dans le drapeau national, des manifestants de tous âges, venus des quatre coins du pays, arpentent les rues d’Alger. Leurs revendications ? Que tous les partisans du « système », cadres et hommes d’affaires liés au régime et convaincus de corruption, partent (#ils partent tous). Que des élections libres soient organisées par une équipe de transition, sans liens avec les dirigeants actuels.

 

Liée à l’Algérie par des relations complexes depuis l’indépendance, la France regarde, incrédule, cette population debout qui exige tous les vendredis un peu plus de démocratie et qui défie un pouvoir militaire réputé inflexible. Que s’est-il passé, que se passe-t-il et que va-t-il se passer en Algérie ? Vu de l’autre bord de la Méditerranée, le pays reste un mystère, avec son histoire marquée par des zones d’ombres nombreuses (la colonisation française et ses tabous, la « décennie terrible » du terrorisme, le Printemps noir de Kabylie…)

 

Des films, et notamment les documentaires réalisés par des cinéastes expatriés ou français, tentent de lever un coin du voile.

« Les yeux doc » diffuse depuis plus de dix ans les œuvres d’Elisabeth Leuvrey, réalisatrice basée à Marseille, auteure de deux films, l’un sociologique La Traversée, l’autre historique At(h)ome.

La Traversée fait référence à la ligne maritime qui relie Alger et Marseille. Sur les bateaux, l’été, de nombreux passagers échangent des confidences et des conseils sur les conditions de vie dans leur pays d’origine et le pays d’accueil où ils se rendent avec espoir ou fatalisme. Un film pour rêver d’une plus grande proximité entre les peuples. Comme le dit poétiquement l’un des passagers, « l’idéal serait de faire de deux mondes un troisième monde ».

At(h)ome convoque une réalité beaucoup plus âpre et impliquant les gouvernements français et algériens. Cette enquête minutieuse sur le terrain s’appuie sur les photographies spectaculaires de Bruno Hadjih dans le Hoggar. La région fut le terrain d’expérimentations nucléaires françaises de 1962 à 1967 et la victime d’un grave accident, l’explosion de la bombe Beryl, qui contamina durablement la terre et décima les populations alentour. Trente ans plus tard, des milliers d’opposants au régime furent internés par les autorités algériennes dans des camps situés à l’intérieur même des zones irradiées.

 

Autre réalisateur passionné par l’histoire de l’Algérie, son pays, Malek Bensmaïl nous entraîne dans le village de l’Aurès où éclata, en 1954, la guerre d’Algérie, après l’attentat qui coûta la vie à un instituteur français. Plus de cinquante ans après, le village vit au rythme de son école et La Chine est encore loin s’attarde sur les jeunes élèves ignorant tout de l’histoire tragique des lieux, ainsi que sur quelques hommes et femmes qui n’ont rien oublié des événements.

À la manière des cinéastes comme Richard Leacock ou Raymond Depardon, Malek Bensmaïl s’est intéressé en 2004 à l’élection présidentielle algérienne. Le Grand Jeu met en scène Ali Benflis, principal opposant à Abdelaziz Bouteflika qui se prépare à sa réélection. Le suspense est de courte durée (A. Bouteflika est élu avec 85,1% des voix), mais le film témoigne des pratiques occultes du pouvoir et s’interroge sur la volonté des dirigeants algériens à entamer un processus de transition démocratique.

 

Plus d’information en cliquant sur les titres :

 

La Traversée

Elisabeth Leuvrey

2012 - 72’

 

At(h)ome

Elisabeth Leuvrey

2013 - 53’

 

La Chine est encore loin

Malek Bensmaïl

2008 – 120’

 

Le Grand Jeu

Malek Bensmaïl

2005 – 90’

Prochainement