les yeux d'oc

L'Empire de la perfection_profil McEnroe

L'Empire de la perfection

1984 fut l'année de tous les records pour John McEnroe, champion de tennis hors normes. Un seul trophée manque à son palmarès : La Coupe des Mousquetaires, le graal du tennis sur terre battue disputé sur le court central de la Porte d'Auteuil et soulevé par le vainqueur dans le ciel des Internationaux de France à Paris. "Roland-Garros 1985" avec John McEnroe est le dernier opus de la série de films portraits de champions de tennis réalisés par Gil de Kermadec (1922-2011), tennisman-cinéaste. "L'Empire de la perfection" à sa manière très originale raconte, entre images et sons, ces deux personnalités, perfectionnistes en diable, tout en nous conviant à une réflexion sur le cinéma. Le réalisateur Julien Faraut, archiviste-cinéaste, n'en est pas à son premier coup d'essai. Spécialiste de l'histoire du cinéma, il est en charge des archives 16 mm de l'INSEP (Institut National du Sport). Il décline une oeuvre à la fois poétique et passionnée de mouvements. "L'Empire de la perfection" est une oeuvre cinématographique (qui écrit le mouvement) d'une grande richesse, une oeuvre ouverte. À chaque visionnage des significations nouvelles se font jour, des allusions se dévoilent, des clins d'oeil au spectateur surgissent, des citations prennent corps et se révèlent. Les soixante premières minutes sont un vaste commentaire, une digression très structurée, consacrés à l'analyse du jeu sans pareil, la singularité du geste de John McEnroe, son tempérament de joueur, sa sensibilité hors du commun. L'art et la manière de Gil de Kermadec y sont également développés en laissant une large part aux témoignages des techniciens qui travaillèrent avec lui. Les 34 dernières minutes nous immergent, quant à elles, dans les moments forts de la finale de 1984, match mythique entre McEnroe et Lendl. "Duel au soleil" aux accents de western sans doute, mais surtout illustration magistrale de la réflexion de Kermadec : "Si l'on veut considérer le tennis avec un peu de recul, ce n'est pas deux joueurs qui essaient de se battre, mais c'est un dépassement de soi, un peu comme un art martial occidental, dans lequel celui qui arrive au sommet est celui qui n'a plus peur de mourir". (Le Parisien, 1er juin 1998)